De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

Le parcours artistique de Philippe Katerine ressemble peu à un autre. Néanmoins, à l’écoute de ce nouvel album, on s’amuserait volontiers à le classer avec d’autres énergumènes d’acabits particuliers. Il y aurait Albert Marcoeur, chantre des années 70 – souvent dit le « Franck Zappa français » -, auteur de la fameuse « Boite à Chaussures » et autre « Jus d’abricot ». Il y a évidemment Didier Super et son jusqu’au-boutisme suranné, mais d’un engagement anarchiquement prouvé. Et puis, il faut ajouter le célèbre Marcel Zanini, en diablotin décalé, dans le sillage du Henri Salvador comique. Pour ce dernier cas, c’est surtout le titre « La moustache » qui nous en approche. Car Philippe Katerine a semble-t-il conceptualisé ses chansons autour d’une façon de faire plus qu’une thématique. Il y a un  mot ou une phrase, qui se suffisent pour faire un titre, le plus souvent. Il y a le décalage délirant devenu comme une ligne directrice. Et il y a au final là aussi un mode d’engagement, ou plutôt de témoignage. Il s’agit de celui d’une société boostée par la stupidité et l’avilissement. Comme si nous ne devenions que de simples pions, des clowns idiots, s’amusant d’un rien et dégagés de toute forme de responsabilité constructive. En ce sens, Katerine fait une sublime photographie d’époque : « Té-lé-phone », « Bla Bla Bla », « Musique d’ordinateur ». La politique, il la traite en deux mots, juste l’évocation d’une réflexion (« Juifs arabes »), même plus comme on refait le monde au coin du zinc. La sensualité-sexualité pareillement (« J’aime tes fesses », en duo avec Jeanne Balibar). Le mal être propre au XXIème siècle est réduite à « Des bisous » pour contrer la colère ambiante. Katerine a été jusqu’à mettre ses parents – ceux de la pochette -, dans une chanson elle aussi provocante et sujet d’actualité (« Il veut faire un film – avec une femme nue et des handicapés »). Une question : pourquoi ? Et une réponse : il vaut mieux ne pas savoir ! Ainsi le joyeux phénomène cache-t-il sa gravité sous des formes en apparence détachée, mais artistiquement pointilleuses, à interprétation libre, comme il se doit. Il y aura de tout cela du commercial, au vu du succès de « La banane » par exemple. Mais pas que cela dans ce disque, loin de là !

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