Rencontre avec Kadebostan, créateur du groupe, et Amina, diva kadebostanienne, qui a rejoint le groupe pour le plus grand bonheur du public, lors de leur passage au Silex à Auxerre (Voir compte-rendu du concert par ailleurs sur le site, ainsi que la chronique de l’album « Pop Collection »).

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ExtendedPlayer : Bonjour à vous, Kadebostan, président de Kadebostany, et Amina, « ministre de la culture » ! Pouvez-vous en quelques mots revenir sur l’histoire de ce pays ?

Kadebostan : J’ai commencé en solo, sans avoir réellement encore de nom. J’ai beaucoup tourné comme ça. Puis l’idée d’inventer un pays est venue, avec les uniformes, la base des visuels… L’envie quelque part de créer un  pays pour m’affranchir de plein de règles. Il y a eu un premier album qui s’appelle « Songs from Kadebostany » qui représente le folklore Kadebostanien, qui nous a emmenés à peu près dans tous les pays du monde. Et puis il y a « Pop Collection », l’envie de montrer au reste du monde tous les hits qui sont joués sur la radio nationale, et donc, Amina, qui est une grande diva en Kadebostany, est arrivée au moment de la création de « Pop Collection ».

 

EP : Justement, comment est-ce que vous travaillez sur ce concept ? Il y a d’abord l’idée d’une chanson, un texte, ou une musique, un ordre particulier ?

Amina : Il n’y a absolument pas de règles. Il y a des morceaux sur lesquels on est parti du texte, et des fois c’est Kadebostan qui part sur une base et puis moi j’écris. Mais on ne se dit jamais que là on va parler de ça…

 

EP : Il n’y a pas forcément de lien conceptuel entre les morceaux ?

Kadebostan : C’est une bonne question ça…

Amina : Finalement au niveau des textes il y a quelque chose qui s’impose dans le sens où il y a une couleur. C’est marrant parce que parfois les gens disent que c’est de la pop mélancolique en raison des textes. Ce qui me fait beaucoup rire, c’est par exemple un texte comme « Teddy Bear », qui est très glauque, qui a plusieurs facettes de lecture, où les gens dansent dessus. Moi j’aime bien ces contrastes. Du coup il y a un peu une couleur, un point commun. Mais on ne s’impose pas que le morceau qui vient après suive le précédent par exemple.

Kadebostan : C’est une bonne question parce que l’on n’avait pas envie de relier le concept du pays avec des thèmes qui devraient toucher un pays. Il y a ce pays que l’on a créé et qui est là pour nous faire vivre et pas pour nous enfermer dans quelque chose qui relèverait de la comédie. Il y a une frontière. Pour moi les textes doivent avoir un sens et de la profondeur et être complètement sincères. On ne va pas inventer une langue. Le pays a été créé pour nous donner un espace de liberté totale.

 

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EP : Il y a en tout cas un lien sonore entre vos titres. L’utilisation des cuivres par exemple. Un son purement Kadebostany qui ne va pas être confondu avec celui d’un autre groupe.

Kadebostan : ça c’est notre patte, notre style. Nous n’avons pas l’envie de recréer quelque chose que quelqu’un a déjà fait. Moi je ne suis pas quelqu’un de suiveur. J’ai envie de pousser le bouchon un peu trop loin, d’exagérer des choses qui soient sincères et familières.

 

EP : Quelle est l’évolution entre le premier et le second album ? Amina n’était pas encore là. Est-ce que c’était chanté ?

Kadebostan : Il y avait des guests au chant. Mais c’était un album qui était plus instrumental. J’appelle ça le folklore parce que c’était un peu la première pierre à l’édifice. C’est une période où j’avais envie de faire quelque chose de très instrumental, avec des morceaux de sept minutes. Je donne hyper souvent l’exemple des explorateurs français qui sont allés au Congo dans les années soixante-soixante-dix et qui ont ramené des enregistrements en éditant des vinyles en France et en les présentant comme étant la musique du Congo. C’est ce genre de travaux qui m’ont inspiré pour le concept du premier album : « Voici la musique de ce pays. » Ensuite nous avons brodé autour en allant jusqu’au bout de nos idées.

 

EP : Ce que je trouve formidable, c’est justement ce contraste entre l’esprit fanfare, complètement intégré à la musique et ses accents électro, avec la voix d’Amina, qui se pose, très mélodieuse, ou alors qui part dans un phrasé rap hyper nerveux.  Quelle est votre recette pour réussir cette association d’ingrédients en apparence antinomiques ?

Amina : Ce qui est intéressant, notamment lorsque je me mets à rapper, c’est que cela n’a pas été décidé, simplement je l’ai senti. Pour moi le rap est une forme d’expression comme le chant mais que je n’utilise que lorsque je le sens. Cela fait partie d’une palette sonore. Je me souviens d’un sound-check en Suisse où à un moment on nous a posé la question de savoir où était le rappeur. J’aime bien ce côté schizophrénique en fait. Je trouve ça chouette.

 

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EP : Le traitement du son est énorme sur disque. Sur scène vous êtes cinq et ça assure de la même façon qualitativement, surtout en puissance. On a l’impression d’une très grosse artillerie derrière. Comment expliquez-vous cela ?

Kadebostan : En fait on aime autant le studio que la scène. Il y a une attention toute particulière en studio. L’album s’appelle « Pop Collection ». Nous souhaitions arriver avec quelque chose qui soit puissant avec une sorte de standard de qualité assez élevé. Evidemment nous ne sommes pas que deux à avoir travaillé sur ce disque. Nous avons travaillé avec un artiste qui s’appelle Ed Lyve qui est aussi coproducteur sur le disque et qui est quelqu’un qui a la cinquantaine maintenant. Il a travaillé sur des très grosses productions depuis trente ans. La Kadebostany, c’est un mélange de plein de gens qui viennent d’univers assez variés, qui ont tous une sorte d’expertise dans leur domaine, et qui viennent participer à la richesse Kadebostanyenne. Par exemple au niveau des visuels, nous travaillons avec des artistes suisses qui s’appellent Supermafia Vj’s. Ce sont des gens avec qui nous partageons la même vision esthétique. Ils sont là pour subjuguer et sublimer ces idées. C’est quelque chose de très important dans notre univers. Nous sommes les personnes les plus exposées, puisque nous parlons, Amina en tant que diva et moi en tant que Président de ce pays. Mais il y a justement tout un pays derrière, énormément de gens qui participent à cette aventure.

 

EP : Le secret est peut-être dans le côté naturel de l’assemblage, comme vient de l’expliquer Amina. Tous les éléments ont l’air de s’être imbriqués naturellement.

Kadebostan : Pour moi la musique c’est ça. La pop est quelque chose de simple, de naturel, et en même temps qui doit avoir une certaine singularité. Dans ce milieu nous dénotons un peu parce que nous avons des manières de faire qui ne sont pas hyper orthodoxes. C’est ce qui fait aussi que des gens comme toi ont envie de nous analyser et ont un coup de cœur. Nous en tout cas nous fonctionnons ainsi, au coup de cœur, nous n’avons pas de plan de carrière.

 

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EP : Il semble que tu utilises des launchpad sur scène, c’est ça ?

Kadebostan : Alors plus maintenant, mais on peut en parler.

EP : Oui, car cela reste un peu un mystère lorsque l’on est habitué aux instruments traditionnels. On est passé par le sampler, entre autres nouveautés électroniques, avec le rap et la techno. Vous vous en servez comme d’un synthétiseur ?

Kadebostan : Oui. Je ne suis pas instrumentiste à proprement parler. Je joue de plein d’instruments, mais très mal. J’aime être en studio et pouvoir avoir mes synthés, le piano, etc. Mais sur scène, j’avais envie fondamentalement de présenter une musique qui est un mélange entre la musique électronique programmée et la musique acoustique. Et j’avais vraiment envie de jouer des choses de manière simple, mais chaque élément que je joue, chaque chose que je viens rajouter, est senti. On sent la personne jouer. Cela au même titre qu’un bon tromboniste avec qui on va ressentir sa patte, j’avais envie de ressentir ça, de l’appliquer à des sons électroniques. Si je me plante, tu vas entendre que je me plante. Je déteste voir jouer des artistes sur scène, un laptop ouvert, et me dire qu’ils peuvent aller boire un café ou une bière et que la musique continuera. J’avais envie qu’il y ait cette espèce de danger et, quelque part, je me suis créé une manière de jouer qui inclut le fait que je ne pourrai pas jouer les morceaux correctement sur deux cents dates avec mon clavier. J’ai un système de pads que je joue en live. La seconde raison est que je considère qu’il est important, lorsque l’on a un album, de pouvoir nous rendre justice sur scène avec les sons de l’album. C’est-à-dire qu’un son de synthé sur lequel on a passé une semaine dessus, que l’on a traité dans tous les sens, je vais le sampler et fabriquer un instrument qui va restituer le son exact du synthé de studio, mais que je vais pouvoir jouer et interpréter avec la dynamique, avec un timing, etc. Quand les gens vont voir un show de Kadebostany, ce sont des versions live, mais fondamentalement ils reconnaissent les morceaux, ce sont les mêmes sons qui sont utilisés.

 

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EP : Et toi Amina, à part le chant, donc la voix, tu interviens à d’autres niveaux dans la musique de Kadebostany ?

Amina : Je pianote un peu lorsque j’ai une idée de mélodie. Mais c’est juste pour le plaisir en fait. Après, quand on parle du côté orthodoxe de notre travail, nous n’avons pas de formation, pas de conservatoire, je n’ai pas fait dix ans de chant, ni Kadebostan dix ans de piano. Du coup il y a une forme de fraîcheur. Nous nous autorisons des choses que je pense que certains musiciens ne s’autoriseraient pas parce qu’il y a des règles par exemple, des harmonies qu’il faut faire. Alors que nous en fait on le fait quand même. Et je pense que c’est ça qui autorise notre son en fait. Donc c’est un mal pour un bien.

Kadebostan : On travaille avec des gens qui ont un gros bagage instrumental, théorique, pratique, et quand on arrive avec un morceau prêt à enregistrer, ils nous disent que sur le papier, comme c’est écrit, ça ne tient pas debout, et, quand on l’entend, pour eux c’est la surprise, c’est beau. A toute époque les guitaristes, par exemple, ont défoncé les règles, et cela a donné des sons différents. Et nous, nous appliquons cela à peu près à tout. Le but c’est que le résultat génère de l’émotion. C’est la base de tout le travail artistique. La question, c’est « Est-ce que tu ressens quelque chose ? Est-ce que ça te bouge ? Est-ce que ça t’accroche ? »

Amina : Après c’est un jeu. Comme avec « Walking With A Ghost », par exemple, qui est un morceau qui a une structure un peu particulière, en tiroirs. C’est-à-dire qu’il y a une espèce de couplet assez long, ensuite un super rap, puis deux phrases de refrain. Mais il n’y a ni refrain ni couplet qui reviennent. Il y a des choses qui ne riment pas. « Goodbye » est un morceau qui est un poème. Il n’y a rien qui revient. On m’a dit « Tu n’as pas le droit de faire ça ». Mais pourquoi pas ? C’est assez drôle, parce qu’à force d’y croire, on impose cela au public. Finalement, ce sont ces aspérités-là qui font que les gens s’accrochent et s’attachent aux morceaux, je pense.

 

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EP : Il y a beaucoup d’artistes qui s’appuient sur leurs erreurs pour trouver leur personnalité musicale. C’est souvent sur cette base que naissent les particularités propres à chacun d’entre eux.

Kadebostan : Une erreur peut te faire partir dans un truc super. L’erreur est quelque chose à laquelle on n’aurait jamais pu penser. Il y a une association de plein de choses qui amènent vers l’inattendu sans qu’on s’y attende.

EP : C’est le charme de la création. Aimer créer c’est justement parce que l’on ne sait pas ce que l’on va découvrir au bout du chemin, il me semble. Aller vers des surprises ?

Amina : C’est ce que l’on appelle de l’expérimentation. Nous avons une monnaie Kadebostanienne, le Kad, sur laquelle figure l’inscription « Research & discovery ». En fait, tout ce que nous faisons se fait à tâtons.

 

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Propos recueillis par Marc SAPOLIN

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De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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