De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

 

Live at Guerledan THM

 

 

Si la Télécaster avec Bigsby aperçue dans l’extrait du film a tout de suite attiré l’œil du journaliste, c’est malgré tout bel et bien la musique de Thomas Howard Memorial qui a séduit ses oreilles. Une partie d’un tout finalisant un genre de projet pas vraiment évident à mettre sur pied. Mais cette équipe-ci en voulait, projetant une sorte d’hommage visuel et musical au classique film des Pink Floyd à Pompéï. Une affaire passionnément menée, que Vincent Roudaut, bassiste-claviériste du groupe, va ici-même nous décrire plus précisément.

 

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Extended Player : Comment est venue l’idée d’établir un parallèle entre le fameux « Pink Floyd à Pompéï » et l’étonnante vidéo tournée pour votre album ?

Vincent Roudaut : Cela a été une belle aventure. D’abord nous avons enregistré le disque, il y a à peu près deux ans. Et nous cherchions un moyen de mettre de l’image sur la musique de Thomas Howard. Nous avons réfléchis à plusieurs projets avec Julien Banes notre producteur, et nous avons lu des articles indiquant que le lac de Guerlédan allait être asséché. C’est surtout Yann qui a trouvé l’idée, mais elle est venue direct. Yann est un fan de Pink Floyd. Et lorsque nous avons vu les images du lac asséché, il est devenu évident que nous devions aller enregistrer là-bas. Mais du coup cela a été assez compliqué à mettre en place. Cela a pris du temps. C’est Julien qui a fait toutes les démarches administratives pour avoir accès au lieu pendant une nuit. Là nous avons contacté Nicolas Charles, un réalisateur qui avait déjà fait des images du lac, notamment prises avec un drone. On appréciait ses images. Nous avons donc eu une nuit pour tout installer et enregistrer en direct l’ensemble de l’album. Nous devions être repartis le lendemain à midi, parce que c’est un lieu touristique. C’est vrai que cela a été un peu la galère, mais au final, je crois que cela valait le coup.

Extended Player : Il a dû aussi y avoir le stress de pouvoir mener à bien le projet dans les temps, car le lac n’a pas dû être asséché pendant une période très longue ?

Vincent : Cela n’avait pas été fait depuis une trentaine d’années. Et là cela risque d’être la dernière fois. Il est asséché pour le nettoyage d’un barrage. Mais une nouvelle technique a été trouvée avec laquelle il n’y aura plus besoin de passer par cela.

 

THM Live at...

Extended Player : Vous avez commencé à enregistrer en fin de nuit pour finir de jouer avec le lever du jour ?

Vincent : C’était l’idée de Nicolas. Commencer dans la nuit pour que, plus on avance dans le temps, plus le lac se dévoile. On a commencé vers quatre heures du matin et on a terminé vers neuf-dix heures.

Extended Player : Cela veut dire que sur ce genre de plan vous avez intérêt à ne pas vous planter.

Vincent : Exactement. C’était un peu stressant et tendu, mais en même temps on était tellement bien lorsque nous avons commencé à jouer, seuls en pleine nuit au fond d’un lac, avec notre musique. Dès le premier morceau nous nous sommes vraiment sentis à l’aise. Tout s’est déroulé à la perfection. Il n’a pas plu. Nous sommes en Bretagne quand même. Nicolas Charles a assuré. Il y avait quatre ou cinq caméras et un  drone à gérer. En fait tout s’est vraiment bien passé, mieux que prévu. C’est vrai que cette nuit était vraiment un « one shot ».

Extended Player : Ce que l’on peut voir dans le teaser est déjà très impressionnant. Et la technique ne perturbe en rien l’image. Pas de fils partout…

Vincent : Oui, c’est grâce aussi à Julien Banes qui a su trouver les moyens financiers et techniques pour faire que ce projet aboutisse au résultat tel que celui obtenu.

Exteded Player : C’est une écluse que l’on aperçoit au fond du lac ?

Vincent : Oui c’est une écluse, avec la ruine de la maison, que l’on ne découvre que lorsque le lac est asséché.

 

Guerledan THM drone

 

Extended Player : Là tu n’es pas concerné directement, mais pour revenir à la musique, Yann est aussi batteur des Craftmen Club. Comment passe-ton d’un groupe à l’autre ?

Vincent : Thomas Howard est un projet que Yann a monté il y a cinq-six ans parce qu’il avait composé des morceaux, ce qu’il sait faire même en tant que batteur. Du coup, très vite il s’est entouré de musiciens. Il a d’abord fait quelques concerts tout seul à la guitare, puis avec un autre copain. Puis il y a eu basse-batterie, puis un autre guitariste pour l’entourer, et le groupe existe comme cela depuis cinq ans, à quatre. Nous avons déjà sorti deux EP. Là c’est notre premier vrai album.

Extended Player : Dans le texte qui accompagne sa sortie, il est écrit : « Plutôt une réflexion sur la manière dont l’homme de façon résolue s’évertue à créer les conditions de sa propre destruction et rend la tâche de plus en plus dure aux générations qui lui succèdent. » Est-ce que c’est quelque chose qui transparait en tant que message dans les paroles de vos morceaux ?

Vincent : C’est difficile pour moi de parler des textes puisque c’est Yann qui les écrits. Mais c’est vrai qu’il part beaucoup de constats, de petites anecdotes de sa vie et de réflexions sur l’humanité. En effet, ce n’est jamais très positif. Le constat est plutôt noir. Mais en tant que groupe on essaie d’ajouter un peu d’optimisme.

 

https://www.facebook.com/thomashowardmemorial/videos/998189576926223/

 

Extended Player : La musique transcende. Elle ne donne pas envie de pleurer. Il y a une charge émotionnelle qui est plus importante. Mais le rapport à la destruction existe aussi dans le film, puisque ce que l’on découvre, ce qui a été englouti, a été voué à la destruction.

Vincent : Oui, c’est vrai. En fait, les morceaux ont été écrits bien avant que le projet du film existe. Et lorsque nous nous sommes retrouvés à jouer au fond de ce lac, c’est apparu comme une évidence. C’est sûr que ce paysage mort et détruit nous a vraiment parlé.

Extended Player : Robin Foster a tourné lui aussi des images sur sa musique dans les ruines de Camaret. Qu’il s’agisse de sa musique ou de la vôtre, elles passent très bien dans ce genre de décor.

Vincent : C’est très cinématographique, très visuel comme musique.

 

Thomas-Howard-Memorial

 

Extended Player : Le nom du groupe a un lien avec l’histoire de Jesse James.

Vincent : C’était le surnom de Jesse James lorsqu’il était en civil. Pour nous cela représente cette ambivalence entre le bandit et sa vie de famille au quotidien, un côté sombre et un mec normal. C’est un peu comme on disait tout à l’heure, c’est un choix volontaire pour nous, un côté groupe un peu dark et en même temps optimiste. C’est ce côté-là qui nous intéressait.

Extended Player : C’est pour la réalisation de cet album que vous avez monté une opération de crowfunding ?

Vincent : Oui, c’est pour l’album. Nous sommes un petit groupe. On ne dispose pas de fonds suffisants pour produire un disque. C’était un moyen simple qui permettait en plus d’être en lien direct avec les personnes qui souhaitaient nous aider, avec le principe des contreparties. On leur rend un bel objet. De plus cela fait de la promo pour le groupe. En ce sens c’est aussi efficace. Le principe nous paraissait simple. Nous avons monté cela il y a près d’un an. Et c’est vrai que les gens ont plutôt bien réagit. Maintenant c’est à nous de renvoyer les contreparties.

Extended Player : Y a-t-il aussi une incidence sur la fréquentation aux concerts ?

Vincent : Je ne sais pas pour l’instant. Il est trop tôt pour en parler. Mais en attendant, cela fait tourner le nom du groupe, ce qui n’est pas négligeable.

Extended Player : Comment se passe une répétition de Thomas Howard Memorial, Yann arrive avec un nouveau morceau, ou est-ce que vous composez ensemble ?

Vincent : Il n’y a pas vraiment de méthode propre. On se retrouve tous ensemble, on prend nos instruments. Parfois c’est Yann qui apporte un riff ou Elouan à la guitare. En fait ça part beaucoup de bœufs. On se laisse aller. Les textes jusqu’à aujourd’hui ont toujours été écrits par Yann, mais on démarre souvent de la musique. On se laisse bœufer pendant des heures et on construit un morceau à partir de ce qui sort sur le moment. C’est pour ça qu’il y a plusieurs facettes. Il y a des moments un peu planants, plus calmes, et des fois c’est plus rock. On aime ce côté spontané qu’il peut y avoir.

Extended Player : Merci Vincent. Excellente continuation à Thomas Howard Memorial.

 

Référence album « In Lake » et vidéo  « Live at Guerledan » (TCC Prod / Upton Park Publishing / 2016))

 

pochette In lake THM

Propos recueillis par Marc SAPOLIN

 

 

 

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