Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans. Également CEO d'un projet innovant dédié au HipHop.

Quand on parle du hip-hop et de ses débuts on pense souvent à NTM, IAM ou encore Assassin. Mais parler de cette aventure musicale sans parler des Sages Poètes de La Rue ne serait pas correct. Le trio, composé de Dany Dan, de Melopheelo et de Zoxea, a su marquer son époque en apposant sa signature singulière à chaque morceau produit.

Plus que de simples rappeurs, les Sages Poètes de la Rue ont participé à la BO de « la Haine », ont fondé le Beat De Boul (incluant Lunatic, Malekal Morte, Movez Lang et Sir Doum’S), et ont permis à des albums historiques du hip-hop français de voir le jour. Les trois artistes ont enchaîné les challenges, apportant plus de poésie et plus de mélodies au mouvement hip-hop.

Le Hip-Hop… parlons-en ! N’est-ce pas le genre musical le plus à l’écoute de son environnement ? Le genre que l’on s’approprie et qui évolue tout autant que ceux qui le portent ? Mais ce mouvement a-t-il fini par évoluer sans ce groupe authentique ? Bien que Zoxea ait sorti des albums solos, que des apparitions ont eu lieu, et que Dany Dan se soit allié à Ol’Kainry, 13 ans ont passé « Après l’Orage ».

Le rap, quant à lui, a pris un tournant. Plus qu’un mode de vie, plus qu’un simple moyen d’expression, ce courant musical est connu pour son réel lien avec un contexte socioculturel. Il traverse les temps, évolue avec la société et en devient son propre reflet.

Ainsi, trap music, autotune et désert musical et lyrical résultent. C’est le fruit d’une juridiction qui change et qui induit la difficulté à se procurer des morceaux libres de droits que l’on peut sampler, ceci obligeant les artistes à se tourner vers l’électronique. Le fruit d’une société de consommation incitant les rappeurs à montrer une richesse acquise ou présumée. Le fruit d’une absence de politique à tous les niveaux qui engendre une disparition des idées et des revendications…

Alors, si les Sages Po refaisaient surface aujourd’hui, qu’est-ce que cela donnerait ? On prend peur ? On espère et on croise les doigts ? Ou, on suppose que, comme beaucoup d’autres artistes qui reviennent sur le devant de la scène, ils présenteront des textes sans réel contenu, un flow sans originalité et des instrus plus proches du RnB et de l’électro que du hip-hop ?

Eh bien non ! Le nouveau Sages Po « Art contemporain » transpire la qualité.

Si l’on partait à la recherche du rap perdu, il est fort probable que celui-ci se soit caché dans les 16 mesures du prochain album des Sages Po. Un rap perdu qui ne sort pas indemne de sa mésaventure. L’essence même du Hip-Hop, celle que l’on a connue au début des années 90 en France, reste omniprésente : approche old school et lyrics sont de la partie. Mais les flirts ont dû être nombreux sur le parcours. En écoutant certains titres, on devine que Mr Rap français s’est acoquiné avec quelques demoiselles mélodiques, initialement branchées jazz ou rock.  On pourrait croire qu’Il y a là de quoi faire hurler de rage les puristes et de quoi faire s’exclamer de bonheur les adeptes du rap tel qu’on l’entend majoritairement aujourd’hui. Mais il n’en est rien. Contrairement à notre actualité française, qui a la fâcheuse tendance d’être en phase avec les extrêmes, les Sages Po ont préféré opter pour la diversité, la mixité culturelle. Ils proposent donc un album qui varient les styles, créé des passerelles entre les courants et offre une symbiose qui pourrait prendre le titre d’art contemporain.

Les featurings, eux aussi, participent à la réconciliation de deux mondes, mêlant ceux qui ont donné une âme au Hip-Hop et marqué toute une génération, avec ceux qui prennent la relèvent et font l’unanimité de la jeunesse sur les ondes.

Par ailleurs, si rythme jazzy, ambiance rock plus tourmentée, refrain féminin et prédominance du rap authentique s’entremêlent, les tonalités africaines n’ont, elles non plus, pas été délaissées. On se trouve donc avec un album équilibré, mariant amour et frivolité, rythme soutenu et furtivité, prise de conscience et futilité. Un équilibre propre aux albums qui s’écoutent en entier, suivant un ordre orchestré par une tracklist authentique, implémentée d’interludes, ingrédients mythiques des CDs des pionniers.

Mais la spécialité et l’innovation de cet album est le « No Beat ». Aussi curieux que cela puisse paraitre, ces trois artistes et James BKS ont décidé d’opter pour des textes qui créent le rythme. Cela donne un album étonnant et innovant qui abandonne et tourne le dos aux beats qui ont forgé le rap français.

Ainsi, si le rap vous manque, que l’innovation vous séduit, que la prise de risque vous fait jubiler, et que les lyricistes vous impressionnent, n’hésitez pas à écouter « Art contemporain », album signé par les trois artistes originaires de Boulogne.

Par ailleurs, ces trois artistes nous ont fait l’honneur de monter sur scène au café Julien, à Marseille, samedi dernier. La nostalgie et l’émotion ont pris le public de court, l’ambiance était cordiale tout autant que déchainée. Nous avons eu la chance de pouvoir poser quelques questions à ce trio, voici donc l’interview qui en résulte :

 

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