Découvrir un nouvel album de Nosfell sans avoir préalablement – et tout à fait volontairement -, pris la précaution de se renseigner sur l’esprit de la conception mise en œuvre, c’est se mettre en idéale condition pour apprécier les surprises que peut promettre cet artiste. Et, en effet, « Echo Zulu » débute avec « The Hunter’s Bed », un titre offert à la manière d’un groupe de pop anglaise. Quelconque ? Non. Pas du tout. Pourquoi ? Parce que, même avant qu’il ne pose sa voix, sa musique est entièrement habitée, prégnante d’emblée, accrochant l’émotion autant que le corps. Ses talents de danseur y étant sans doute pour beaucoup. Celui qui nous avait habitué à son langage inventé et à des délires envoûtants resserre la focale de son objectif pour une netteté d’image sans flou artistique. En français avec « Les Rois » qui suit le premier titre, tel un électrochoc se baladant « sous les bombes des bombardiers… sous les tirs des mitraillettes des bouchers de Verdun… », Nosfell évoque les hommes qui tombent avec un refrain agréablement entraînant, tels les grands paradoxes du monde. Pareil avec « La Ressasse », très rock avec sa guitare chatouillante plutôt toile émeri que coton. Contraste encore avec ce gros son d’intro de « The Party », laissant place après son annonce en moins de dix notes à un riff à tonalité funky, pour lâcher un chant qui va évoluer dans des hauteurs inspirées par Prince. Mais là encore, Nosfell va éviter de faire son Jamiroquaï. Il restera toujours lui-même, libre de se diriger là où bon lui semble. « La Blessure » affirme le talent unique de Nosfell, capable du meilleur avec des mots compréhensibles par tous : « Les requins souvent frôlaient les vainqueurs ». Un chant débridé, et maîtrisé. Puis suberbe « Les Gorges » même S’ « ils ont voulu nous descendre dans les brumes d’un dernier fix. On leur fera payer tout ça, dans les gorges de Sonora, face contre terre ». Une chanson lente sublime à laquelle « Ricochets » s’enchaînent à merveille, avec son très prenant refrain, en anglais cette fois (« Always make me feel sorry »). La maîtrise, évoquée plus haut, se retrouva dans la durée des titres n’excédant jamais les trois minutes quarante-cinq (sauf pour le final dépassant les huit minutes), car l’artiste sait concentrer le nécesasire sans le diluer inutilement dans ce qui pourrait plomber ce répertoire parfait. « The Letdown » abuse joliment lui aussi d’un refrain imparable. « The Short Timers » donne envie de comparer Nosfell à un certain Pigeon John, héros déluré et libéré du rap californien, même si ici il n’est pas vraiment question de rap. L’esprit sonore du titre évoque cette liberté de ton, ou plutôt de tonalité, qui permet le mélange des genres sans confusion, proposant au contraire une très belle unité. « The Artefact » revient du côté de la pop dansante et sautillante, avec une guitare qui refuse de lâcher le morceau, avant de laisser place au morceau d’anthologie posant la question « est-ce un animal ou un végétal ?… » avec « Le Corps Des Songes ». Un ensemble de questions, énoncées comme dans un rêve, dans les effluves mélodiques dociles et contemplatives. Une porte s’ouvre, et un autre monde apparait, différent, atmosphère irréelle. Nosfell revient à ses  premières amours, au langage inventé, bouclant à l’envers la boucle anticonformiste qu’il enrichi admirablement.

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De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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