Joey le Soldat, 28 ans, plein de revendications et tout un pays à représenter. Son combat, il l’a hérité de son grand-père, tout comme sa force et son envie de crier au monde ce qu’il pense. Un artiste HipHop au flow saccadé bien à lui, des textes majoritairement en mooré, la première langue du Burkina Faso, des beats qui, certaines fois, s’habillent de sonorités africaines.

À l’occasion de son passage à Marseille pour la Fiesta des Suds, l’équipe Extended Player a frémit… Lorsque Joey a entamé son morceau « M’MAAN », une référence à sa mère, la salle entière s’est emplie d’une envolée sonore presque divine, les émotions se sont fait ressentir.
 

Et quelques heures auparavant, pendant les balances d’autres artistes, Joey nous a accordé un peu de son temps et à répondu à nos questions :

Est-ce que vous pouvez nous parler de votre grand-père ?

Mon grand-père fait partie de ces Africains soldats de la Seconde Guerre mondiale qui sont rentrés en vie du front, j’ai grandi et appris en écoutant les histoires qu’il me racontait de son passé de combattant.

Il m’a inspiré dans ma musique, notamment pour l’écriture et la composition, aujourd’hui je parle des tirailleurs africains qui se sont sacrifiés sans reconnaissance. En tant que rappeur africain je me donne pour mission de poursuivre le travail qu’ils ont commencé.

 

Pouvez-vous nous raconter une histoire de votre grand-père qui vous aurait marqué ?

Il m’a raconté comment, pour sauver leur vie, certains soldats se cachaient sous les cadavres de ceux morts pendant les batailles. Cela leur permettait de rester à l’abri et de rentrer chez eux vivants.

 

La figure du soldat que vous avez choisi de mettre en avant est-elle directement reliée à votre grand-père ?

Je dirais plus largement que tout est lié à mon grand-père, ma démarche étant de lui rendre hommage.

Le soldat est aussi une figure qui exprime le combat que j’engage grâce à la parole. La parole comme une arme contre les injustices, ou la mise à jour de ces dernières.

 
D’où « l’arbre à palabre » ?

C’est un morceau qui invite toutes les populations au dialogue. Avant les gens s’invitaient et se réunissaient sous un arbre pour discuter et régler les problèmes, trouver des solutions à l’amiable privilégier les voies du dialogue plutôt que la voie des armes, malheureusement, aujourd’hui ce n’est plus vraiment ce que l’on voit, aujourd’hui on fait l’apologie de la violence.

 
Qu’elle est votre chanson la plus engagée et pourquoi ? Et pouvez-vous nous parler de l’histoire de sa création ?

J’ai envie de vous parler « De la lutte qui libère » sur mon dernier album, je commence par vous parler des samples qui sont inspirés de la musique d’un grand groupe africain le Bembeya Jazz, qui en appelle à l’histoire de la musique du continent africain. Ce morceau c’est aussi pour moi une manière de montrer l’Afrique sous un autre jour, souvent considérée misérable et triste, elle est aussi porteuse de légèreté et de joie de vivre. C’est un continent aussi bien que tous les autres.

 
Vous dites que la parole est une arme, contre quoi vous battez-vous ?

Oui, la parole c’est mon arme contre l’injustice burkinabé et dans le monde.

 
Selon vous, la musique peut-elle, dans un sens large, modifier ou aider une structure sociétale à évoluer de manière positive ?

 Je ne pense pas que la musique puisse changer les choses, mais ce qui est important c’est qu’elle nous permet de dire ces choses.

La musique est communicative, elle touche et captive les publics autant par sa mélodie que par les rythmes qu’elle diffuse, c’est pour ça qu’il est important pour moi de pouvoir extérioriser mes expériences.

 

Quand vous écrivez une chanson vous posez-vous la question de savoir qui vous allez toucher ?

Quand j’écris une chanson je la cible d’abord, en général je l‘adresse aux jeunes burkinabés et plus largement à la jeunesse et au monde. Donc je vais utiliser des termes qui leur sont familiers.

Un artiste aurait alors le devoir de dire les choses, est-ce que vous-vous êtes déjà retrouvé dans des situations de censures extérieures ou dans des cas où vous-vous êtes retenu de dire des choses de votre propre initiative ?

Non, jusqu’à présent j’ai l’impression d’avoir pu dire toutes les choses que j’avais à dire. Il faut savoir en assumer les conséquences, parfois ma musique ne passe pas sur toutes les télés ou les radios de mon pays, des invitations à certains événements se perdent ; lorsque l’on dit des choses que personne ne veut entendre, il faut s’attendre au risque.

 
Est-ce que vous vous sentez plus libre à l’international que dans votre propre pays ? Vous arrive-t-il d’avoir peur pour votre vie ?

Je me sens libre partout, mais je suis conscient que je prends des risques. En revanche, ce n’est pas ça qui va m’empêcher de dire ce que j’ai à dire.

Aujourd’hui beaucoup de jeunes se sont reconnus dans mes chansons et me disent que leur parole s’est libérée, qu’ils se donnent le droit de dire des choses qu’ils n’auraient jamais dites auparavant.  Certains ont en fait leur mission : dénoncer les injustices, et donner leur point de vue politique. C’est quelque chose qui manquait, vraiment.

 
Vous avez la chance de voyager, de dépasser les frontières, choses qui pour beaucoup restent difficile, vous-sentez-vous à ce titre citoyen du monde, est-ce que ce concept existe pour vous ?

C’est un concept qui pourrait exister pour moi, mais pour le moment non, il est vrai que je bouge beaucoup, que je fais des concerts à travers le monde, mais il y a toujours un prix à payer, des demandes de visas dont on ne sait jamais si elles vont revenir positives, on sent bien la fermeture. « Citoyen du monde » ça serait bien, mais il y a des combats encore.

 

 

Un grand Merci à Joey le Soldat  et l’équipe de la Fiesta des Suds de nous avoir permis de réaliser cette interview.

Interview réalisée par Léa Sapolin et retranscrite par Claire Viscogliosi

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Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans. Également CEO d'un projet innovant dédié au HipHop.

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