Petite interview d’Emmanuel DA SILVA, un peu après la parution de son très bel album « L’Aventure » (voir chronique sur notre site). Un musicien que l’on pouvait presque, à une période, comparer à Yan Tiersen, mais avec des paroles en plus. On imagine facilement l’artisan et le goût du travail bien fait à l’écoute de ses chansons. Ces quelques questions pour éclairer l’intention artistique et la mise en œuvre d’un répertoire épatant.

Arrangements luxuriants

On apprécie ta musique en particulier pour la richesse des arrangements instrumentaux. Comme tu viens plutôt du punk, est-ce que tu peux nous dire comment on évolue de la sorte ?

En fait les tout premiers albums parus sous le nom Da Silva sont des albums minimalistes. Il n’y avait que six pistes. C’était très peu orchestré. J’ai commencé à prendre goût pour l’orchestration à  partir de « La Tendresse Des Fous ». Et puis ensuite j’ai fait un album très orchestré avec de la matière très synthétique, c’était « La Distance ». Ensuite j’ai sorti « Villa Rosa. Puis il y a cet album, « L’Aventure », qui est très très orchestré. Mais cela arrive au bout de douze ans de travail. J’ai aussi fait appel à Bruno Bertoli qui est un très gros orchestrateur. J’ai voulu utiliser des timbres d’instruments comme des cordes, les cuivres, les vents, plus une formation pop classique, ce qui donne des arrangements assez luxuriants.

C’est très baroque. Sur le premier titre on pense facilement à Gainsbourg et son « Initial BB ». C’est facile d’écrire ce genre de parties instrumentales ?

Ce n’est ni facile, ni difficile. C’est de la musique. Par contre, la difficulté quand même, lorsque l’on fait de la musique, tient dans l’écart qui existe entre ce que l’on a pensé avant la mise en œuvre et le résultat final, la réalisation. Ce travail se fait sur un long chemin.

Justement, lorsque ton titre est enfin réalisé, est-ce que cela correspond à ce que tu imaginais, ce que tu souhaitais ?

Oui, mais tout au long du processus d’écriture il y a des surprises jusqu’à la fin. Le son, même la prise de son, conditionnent un peu l’humeur du disque. Ce n’est pas une science exacte.

 

Sur scène, je ne pense pas à reproduire l’album

Et, lorsque tu te produis sur scène, tu utilises des parties enregistrées pour les parties instrumentales pour lesquelles tu n’as pas forcément les musiciens ?

Je ne me pose pas du tout la question sous cet angle, car lorsque je travaille la scène, j’essaie de penser à un concert et je ne pense pas à reproduire l’album tel qu’il est, parce qu’il faut aussi que je puisse rassembler tous les albums dans un même concert, pas seulement le dernier. La question est évidente et se pose pour tous les morceaux. Il faut les aborder de façon différente.

C’est intéressant pour le public de découvrir en quelque sorte des relectures.

Tous les artistes font ça.

Pas toujours. C’est parfois décevant d’entendre des choses qui sont exactement calibrées comme sur un disque, sans surprise.

Pour moi, ce type de reformulation est aussi ce qui est excitant sur scène.

 

Dans « Nos Vies Solitaires » tu dis « Nos échanges demeurent mais nos plaisirs partagés c’est un bien joli leurre ». Peux-tu en dire plus sur ta vision de la solitude ?

Je crois que quoi que l’on fasse, on n’emporte que soi-même.

C’est une thématique qui revient beaucoup dans cet album.

Oui, c’est un peu le leitmotiv général de mon écriture depuis douze ans.

Tu as dit dernièrement que tu écrivais des chansons de rupture, mais qu’avec le temps cela devenait un peu facile, une habitude. Tu dis en substance que désormais tu oses dire un peu plus, comme dans « La Réputation » par exemple.

Oui, c’est un petit clin d’œil à Brassens. J’aime aborder des sujets différents. Mais je ne sais pas si j’ose en fait. Non je n’ose pas. C’est juste que je n’ai plus rien à dire sur certains sujets que j’ai déjà raconté mille fois, de façons différentes, donc j’aborde d’autres choses.

 

La musique est presque impressionniste

Est-ce que tu penses que la musique a le pouvoir de donner un sens différent, plus profond aux mots ? Il y a une différence entre lire un texte sans musique et l’entendre chanté avec une musique.

Déjà, la musique est un art populaire, alors que tout le monde ne lit pas, la lecture est réservée à une certaine catégorie de la population. Aller se plonger dans un recueil de nouvelles ou de poésie demande un engagement plus fort : aller chercher un livre, l’ouvrir, le lire. Alors que la musique vient sans vous demander quoi que ce soit, elle peut venir vers vous assez naturellement. De fait, la musique est aussi un média qui permet d’atteindre plus de monde avec son écriture.

En voyant la liste de tes concerts, on voit que tu joues régulièrement dans une salle en Allemagne.

Je joue un peu partout où on m’invite, y compris à l’étranger. Il y a des centres culturels un peu partout.

En fait c’est juste une question pour savoir si le public, étranger dans ce cas, considère les textes des chansons qu’ils entendent. Est-ce que tu perçois des différences avec un public francophone ?

En fait, il y a des francophones un peu partout. Ensuite, la musique et l’interprétation d’un texte, même si on ne le comprend pas, véhiculent quand même une émotion. La musique est presque impressionniste parfois.

 

Référence : dernier album « L’Aventure » (Le Label/[PIAS]/2017)

 

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De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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