Catégorie Jazz pour Marion Rampal ? Il paraît. Envie de dire « inclassable » tellement la chanteuse s’embarque dans un univers imaginaire hors de toute frontière. L’album commence avec une courte introduction instrumentale saturée, au piano, flottante, puis laisse le vent souffler avec un premier titre en anglais (« Let The Wind Blow »), avant de proposer « Savage », chanson en français, au murmure aigu, virant progressivement vers un accent créole. Il y a de la légèreté, de la douceur, de l’émotion, de la chaleur (« 5 PM Song »). L’accompagnement musical est un grand paysage à l’horizon infini qui se suffit le plus souvent d’un piano, comme le Fender Rhodes dans le sublime « The Perfect Husband » et d’une batterie jouée de façon très autochtone, ici par la talentueuse Anne Paceo. Ou encore quelque accords de claviers à la synthèse magique – ceci par Pierre-François Blanchard, troisième membre du trio. Mais on entend aussi des petites choses comme le mélodica (« Chanson de Marin »), et l’on s’aperçoit que la mer est une source d’inspiration importante pour Marion Rampal, l’album se clôturant par « A La Mer », chanté a capella et en solo. Il y aura aussi « La Belle Et Les Trois Capitaines », une chanson traditionnelle dans un arrangement inhabituel pour le genre – très noisy par moment -, signé par le trio. On entendra « The Heart », rythmé par une boucle vocale très sensuelle, avant de laisser la place à des accords pianistiques jazzy à souhait. Marion Rampal utilise sa voix comme un instrument, sans hésiter à faire vibrer ses cordes vocales autrement que pour chanter, capable, dans un même morceau, de passer du murmure mélodique à une accroche très rock et de frôler l’onomatopée dans des formes de scat très personnalisé. Exemple parfait avec « Go For It », qui, avec son refrain imparable, apparait presque comme une pop-song. L’enchaînement avec « Visitation Of The Bayou Maharadjah » ne surprendra de fait personne, sorte de blues du Bayou accompagné par l’ivoire et l’ébène d’un piano proche du ragtime. Pas étonnant non plus de découvrir cette version toute personnelle de « Soul Of A Man » de Blind Willie Johnson. Marion Rampal navigue dans un élément fabriqué de toute pièce par ses soins. C’est bien cela qui, unique en son genre, retient si fort notre attention. Très belle démarche artistique.

 

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De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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