Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans. Également CEO d'un projet innovant dédié au HipHop.

À l’occasion du passage de Keziah Jones à la Fiesta des Suds de Marseille, Extended Player a eu la chance de faire partie du petit comité d’interviewers invité à écouter la vision de ce grand homme. Découvrez ici, le recueil de ses propos :

 

À vos yeux, la ville de Paris symbolise-t-elle le début de votre carrière ?

Oui et non, ma carrière a commencé à Londres sur les bancs de l’école, dans la rue, je n’avais pas vraiment de plans, je jouais pour ne pas aller en cours, pour m’éloigner de mes parents. La rue me permettait de faire ce que je voulais. Je jouais beaucoup et souvent, je me suis amélioré. C’est à ce moment-là que je me suis dit « tu as 18 ans, tu n’as rien vu du monde, et ta musique peut te suivre partout ». Je suis parti pour Paris. Je continuais de jouer dans la rue parce que je n’étais pas familier du monde professionnel de la musique : tout ce qui était les démos, les labels… C’est comme ça que j’ai commencé.

 

Êtes-vous heureux de venir dans le sud vous produire à La Fiesta des Suds ?  Vous pensez pouvoir faire exploser le festival avec votre musique empreinte d’amour ?

(Rires) Je ne sais pas, je l’espère ! Je sais que je donne toujours le maximum en concert, en fonction du son, du public, de l’ambiance.  Mais on ne sait jamais comment cela va se passer, tous les concerts sont différents. 

Mais je pense que ça va être sympa, oui !

 

Quelle serait votre collaboration de rêve ?

Eh bien c’est très difficile, en fait tous les artistes avec lesquels je voudrais collaborer sont morts !

Peut-être George Clinton, il est toujours vivant !

 

Aimeriez-vous changer le monde avec votre musique ?

Non… je veux déjà me changer moi-même. Quand tu écris des chansons, tu écris sur ce que tu veux, ce que tu veux être, ce que tu veux voir. Tu souhaites que cela devienne réel. Mais comme nous sommes tous un peu similaire, peut-être qu’indirectement cela change le monde. Les gens te regardent et ressentent des choses pour eux-mêmes, ils se reconnaissent. Donc, oui, indirectement peut-être que cela peut changer le monde. On a toujours le souhait que notre musique ait un impact.

 

Il parait que vous enseignez le BluFunk ?

Oui je donne des cours en ligne. J’ai commencé quelques années auparavant. Je décris le courant musical, le style en général. J’ai aussi fait plusieurs ateliers dans différents pays. J’essaie de montrer mon point de vue et de montrer à quel point c’est simple de faire de la musique et notamment du BluFunk. Les gens ont tendance à penser que c’est très compliqué, alors que c’est plutôt simple ! Mais à travers ces cours j’ai surtout la mission de briser les règles formelles de la musique. Quand on apprend la musique par le biais des institutions, on nous apprend les règles, mais on ne crée plus par nous-mêmes. Il y a d’autres façons d’enseigner la musique et c’est ce que je veux démontrer. J’enseigne la musique par la symétrie, les formes, les couleurs… Pour moi c’est la meilleure façon d’apprendre ! Oublier les codes, penser à ses mains, utiliser son corps, utiliser tous ses doigts. Chaque chose fait un bruit différent, ton corps est un outil, il faut l’utiliser !

 

Comment définiriez-vous le BluFunk finalement ?

C’est une façon d’être et de vivre. C’est une mentalité qui rend les choses plus simples, une approche simplificatrice. Parce que si vous n’êtes pas des pays occidentaux, mais que vous grandissez dans cette société, vous avez deux façons de penser et d’interpréter les choses. Et soit vous choisissez de devenir fou, soit vous en faites quelque chose de créatif. Il y a beaucoup de personnes qui ont cette double culture, ce double langage et cela peut vraiment créer une confusion. Il faut jouer avec cette double approche et en tirer une certaine créativité. Je veux faire ressortir tout ça avec le BluFunk. Et par définition, le BluFunk c’est supprimer les catégories que l’on a dans la musique, ne pas tout diviser en différents styles musicaux puisque tout peut se rejoindre.

 

Lorsque vous concevez vos morceaux, vous partez de votre vécu ?

Je dirais plutôt que je me base sur la vie en général et ce que j’observe. La vie c’est quelque chose de vraiment amusant, surtout la façon dont on vit. Donc c’est vraiment intéressant d’observer, d’analyser, d’en tirer quelque chose. Il y a différentes réalités qui se côtoient et je les observe, c’est amusant.

 

La musique africaine est AUJOURD’HUI mise en avant par des artistes émergents, quand pensez-vous ?

Je pense que c’est une bonne chose, l’électro africain, le rap africain… « l’Afro-beat » nous devrions être capable de jouer tous types de musiques comme le folk, le jazz, le blues, le gospel, tout ça c’est de la musique africaine, ces styles viennent d’Afrique, des esclaves. Moi je n’ai fait que la ramener en Afrique et l’adapter à ma personnalité.

Ce qui est tendance en ce moment c’est l’afro-pop/HipHop et c’est bien aussi ! Mais je pense que la musique doit servir un message, elle doit aider les gens à trouver une fin ou une conclusion aux choses, et le problème c’est qu’aujourd’hui une partie du hip-pop ne raconte rien, le rythme reste sympa, mais les paroles ne disent rien, c’est une musique pour danser…ce qui est bien aussi ! Mais ce serait pas mal que cela serve également aux gens.

 

Vous dites que la musique doit porter un message, qu’elle doit mener à un but. Quel était le but de votre dernier album ?

Il parlait de super héros comme Captain Rugged, c’était une métaphore pour parler de toutes les personnes qui agissent de manière héroïque. À l’époque, la crise des migrants commençait, mais avant ça je voyais le travail des immigrés noirs à travers le monde, souvent des travaux pénibles comme le ménage et la construction. Il faut se rendre compte de l’histoire de ces gens, d’où ils sont partis, ce qu’ils ont traversé pour en arriver où ils sont, de leurs difficultés au quotidien : travailler pour avoir des papiers, élever des grandes familles avec peu de moyens et envoyer le reste à ceux qui sont restés là-bas, ne pas pouvoir rentrer chez soi, dans son pays d’origine ! Ces gens-là sont des héros, ce sont des survivants.

L’album Captain Rugged c’était un message à ces personnes. Je voulais leur dire que les supers héros ne se trouvent pas uniquement dans les livres, mais que l’on en croise tous les jours, que se sont leurs actions quotidiennes qui font d’eux des héros. C’était plus facile d’utiliser l’image d’un super héros, parce que les gens s’identifient aux personnages de BD et c’était aussi assez drôle de créer un super héros africain, c’était un moyen pour que tout le monde puisse être inclus dans l’histoire.

 

Que ressentez-vous quand vous jouez de la musique en concert, que voulez-vous transmettre à votre public ?

 Je ne sais pas, quand je suis sur scène, je joue, je ne pense pas à ce genre de chose. Si je devais y penser, je dirais que c’est un grand espace ouvert, qu’à ce moment-là mon esprit est libre. Quand je sors de scène et que je pense à ce qui vient de se passer, je me sens vraiment bien, mon corps est détendu et mon esprit est en alerte.

C’est un sentiment génial !

Je suppose que les personnes qui reçoivent cette énergie doivent en retirer du plaisir, du plaisir « auditif » si l’on peut dire. Mais pour être tout fait honnête je ne pourrais pas vraiment vous dire !

 

Nous remercions l’équipe de la Fiesta, du Dock des Suds, l’artiste lui-même et Olivier Rey

Interview réalisée par Léa Sapolin et retranscrite par Claire Viscogliosi et Léa Sapolin

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