Ça commencerait presque comme une chanson de Feu Chatterton !, avec cet accent vocal particulier. Sauf qu’ici, le chanteur s’appelle Dani Bouillard. Une voix claire et concise, bien en avant, égrenant plaisamment les mots de Gérard Blanchard qui signe ou co-signe quasiment toutes les paroles. L’auteur de « Rocamadour » est inspiré, en homme d’expérience, son regard sur le monde conserve une certaine distance préservée grâce à cet humour qui le caractérise. Avec Dani Bouillard, les deux artistes jouent la complémentarité, œuvrant dans une formule subtilement naturelle. Dani Chanteur, oui, mais aussi guitariste expérimenté puisqu’il a joué avec The Do, Hindi Zahra, Hugh Coltman et bien d’autres. Pas étonnant de découvrir un répertoire dont la musicalité s’appuie prioritairement sur l’inventivité des six cordes, à commencer par « Les Ritournelles » et son gimmick réverbéré. Ce sont ces idéales parties de guitares, très souvent sensibles et raffinées, qui vont porter le tout en leur insufflant une personnalité bienvenue. La funky-wah de « Papillon Piscine », le blues acoustique aérien de « Bayou », le picking de « Gendre Idéal », la surf-pop de « Libido De Zorro », tube imparable de l’album. Le clavier qui introduit « Technicolor » n’est pas sans rappeler « Le Sud » de Nino Ferrer. C’est un peu du côté de cette période que lorgnent ces chansons à la nostalgie référencée. Ici avec François Truffait et les titres de ses films – après le « Chabadada » figurant en deuxième position sur ce disque. Pourtant ce dernier sonne bien dans son époque, avec les programmations péteuses de « J’Habite Trop Loin », regard lucide et finalement détaché sur un monde dilué dans le factice (ça ce sont les solos croisés de guitares finales qui l’expriment), ou les lâchers de bulles synthétiques sur « Le Vieux Con ». Il arrive parfois que certaines phrases se répètent un peu beaucoup, mais pas plus que comme le faisait Sting à l’époque de The Police. Ce qui prime est cet équilibre parfait entre le plaisant permanent des sonorités de l’habillage sonore. Aucun excès ni effet démonstratif ne vient perturber ce qui peut apparaître au final comme une forme de minimalisme. Une synthèse réussie engendrant un plaisir d’écoute radieux. La fin pourrait être triste avec ce touchant texte « Tocs Et Tics », délicatement mis en musique de manière à en détourner le pathos. Au fait, cela faisait quelques semaines que nous attendions l’album de Dani Bouillard. Ce dernier est arrivé. Il fait soleil. Et l’on se remet « Libido De Zorro », pour commencer la journée en beauté… et en forme.

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De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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