Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans. Également CEO d'un projet innovant dédié au HipHop.

Nous sommes le 20 juin 2018, il fait beau à Marseille. C’est l’époque où le soleil est encore assez haut dans le ciel lorsqu’on abandonne son travail et son train-train quotidien. C’est cette même époque où les apéros sont de mises et où nos futures vacances pointent le bout de leur nez. Demain, on sautera à pieds joints dans l’été, le tout en musique ! Qu’existe-t-il de plus beau que le jour où chaleur et mélodies sont à l’honneur ?

Mais pour l’instant ne nous sommes pas le 21 mais bien le 20, l’heure est à la prise de conscience plus qu’à l’amusement, c’est la journée mondiale des réfugiés, ce jour où l’on commémore la force, le courage et la résilience de millions d’individus déracinés : une journée au cœur de l’actualité.

Le rendez-vous est donné à La Friche Belle de Mai, dans le troisième arrondissement. Un repas partagé et solidaire est organisé par des associations, des concerts sont prévus. J’arrive un peu tard, je fais le tour des stands, puis je me pose devant la petite scène. Deux personnes viennent de s’installer en face de moi, chacun avec un micro, le second accompagné également de sa guitare. Il parait qu’ils sortent un clip aujourd’hui.
Ça commence par quelques notes, puis un couplet rap pose l’ambiance suivi d’un refrain chanté qui donne de l’élan à l’ensemble. Il n’en a pas fallu plus pour que le public soit conquis. Habituellement, quand un rappeur prend le micro sur une si petite scène, on s’attend plutôt à une impro peu structurée. Là, c’est construit, c’est propre, c’est beau, touchant et engagé. La qualité du son est loin d’être parfaite, nous ne sommes pas dans une grande salle, mais le duo qui s’offre à nous sait faire vibrer son public. Instinctivement, je m’abonne à la chaîne YouTube des deux gars, c’est bien trop beau pour en rester là.

 

 

Deux mois plus tard, l’été touche à sa fin, la saison des festivals se termine et il est temps pour moi de me consacrer à nouveau aux interviews des artistes qui m’interpellent. Le hasard fait que Yolo Dream organise une soirée boom bap avec des artistes qui m’ont déjà séduits : Zicler et Julian Ross notamment. La deuxième prestation de Julian Ross, plus longue cette fois, me prouve que le mec a du potentiel. Il n’a que deux morceaux de diffusés sur les réseaux, mais pourquoi attendre la sortie d’un premier album pour en parler si l’artiste se fait déjà remarquer ? Nous nous donnons donc rendez-vous pour une interview.

Avant de partir en questions-réponses, la discussion s’oriente sur le rap, son rôle, son évolution. Une discussion sans fin entre deux passionnés. Celui qui se fait appeler Julian Ross a des frissons lorsqu’il écoute Jeff le Nerf et son album avec Furax. Il aime les lyrics, le rap conscient, les vrais, les humbles. Il fait le parallèle avec la jeunesse actuelle qui n’arrive pas à écouter Keny Arkana parce qu’elle a des paroles sensées qui vont vite, le parallèle avec les jeunes des quartiers qui fument et boivent et ne rêvent que du destin d’Alonzo. Aujourd’hui, on manque cruellement d’icônes, d’exemples, de grand frère. Julian Ross est papa et on sent qu’il ne fera jamais partie de cette catégorie d’artistes qui ont vendu leur âme au diable pour quelques billets.

 

À la question « qui es-tu et quelle est ta motivation ? », il nous répond :

Je suis Julian Ross, cela fait à peine deux ans et demi que je me suis mis au rap.

J’ai toujours été un grand fan de rap, j’en écoute depuis petit. Je ne m’étais jamais demandé si je savais écrire, si je savais rapper. Puis je me suis séparé, j’avais un peu de colère et de sentiments à extérioriser. Je me suis donc mis à écrire. J’ai écrit beaucoup et rapidement, j’ai ensuite ajouté des instrus à mes textes. Je me suis entrainé.

Comme je suis un spécialiste et fan de rap, je me suis écouté, et j’ai pris conscience du fait que cela ressemblait à quelque chose. J’ai alors réuni mes amis, de grands adeptes de rap aussi, et surtout des personnes qui allaient me dire la vérité. J’ai rappé devant eux. Ils m’ont dit « c’est rigolo parce que Julien rap, mais ça tue ». Si ça ne l’avait pas fait, ils me l’auraient dit, ils m’auraient dit « arrête toute suite ».

Ce sont des amis qui m’ont soutenu dans certaines phases de ma vie où j’en avais besoin. Quand je leur ai fait écouter les sons, au fur et à mesure, ils ont validé. Ils étaient conscients que je n’inventais rien. Ils ont pensé que ça pouvait m’aider, que c’était bien retranscrit, que cela me ressemblait vraiment.

Maintenant je fais ça pour me faire plaisir et je diffuse du contenu pour un tenter de me rendre visible.

 

Parmi les morceaux que tu as écrits quel est celui que tu préfères ?

« Je voudrais être optimiste ».
Ce titre n’est pas encore sorti. Je l’ai en mp3 seulement. Si j’ai une mixtape, un album, un EP à sortir, cela en sera certainement le titre. Ce morceau est un peu sombre, le reste aussi, mais celui-ci l’est encore plus. Cela correspond à une période de ma vie pendant laquelle j’avais besoin de me vider, de me purger.

 

Peux-tu nous parler du morceau « My story » avec Cesare Perotti ?

C’est un titre qui est né de notre travail. On travaille avec les demandeurs d’asile, les primo-arrivants. Avec Cesare on a discuté du projet, de faire une chanson sur les réfugiés. Il y avait des bénévoles de Sciences Po qui organisaient des ateliers de français. On a pris part à ces ateliers et, tout doucement, on en est venu à poser des questions « Pourquoi vous êtes partis? » « Comment vous êtes venu? » « Comment se passe votre vie depuis que vous êtes à Marseille? » « Quels sont les bons côtés, les inconvénients ? » C’était assez souvent les mêmes réponses : la guerre, le parcours difficile, les gens qui t’aident, les gens qui te freinent. Il s’avère que Marseille et la France, au départ, sont souvent très durs. C’est difficile pour les réfugiés d’avoir assez confiance en eux pour partir sur des projets.

J’ai commencé par écrire deux couplets. Cesare s’est attaqué au refrain. On a testé ça et cela a tout de suite collé. J’ai ensuite demandé une boucle de guitare à Cesare. Je lui ai demandé quelque chose sur lequel on pourrait dire des choses tristes, mais qui donne de l’espoir. Le soir il a travaillé et dès le lendemain il m’a envoyé sa boucle. Elle était parfaite. Je l’ai transmise à un beatmaker qui a adoré. Ce beatmaker a fait l’instru avec des sonorités orientales, africaines. C’était vraiment l’instru qu’il fallait, tout fait maison.

Concernant le clip, c’est Keyrozen, un contact de Mourad, L’adjoint. Ils nous ont orientés vers un lieu en Camargue, à une heure et demie d’ici. Ils souhaitaient partir là-bas, car c’est à la fois un paysage qui pourrait ressembler à l’Afrique . Il y a tout là-bas : la mer, des lacs, la brousse, des dunes avec du sable. Il y a tous les paysages possibles. C’est un jeune malien réfugié de notre association qui a tourné. Il était tout de suite d’accord pour participer. C’est lui que l’on voit marcher à travers les salins de Giraud. Le clip se termine au moment où on se rejoint à Marseille, lorsqu’on rencontre Saïdou qui fait de la boxe. On le sent épanoui à Marseille.

 

Es-tu satisfait des retours sur ce morceau ?

Oui, très satisfait. On a eu de très bons retours et on a eu l’occasion d’interpréter le morceau plusieurs fois en live: à la journée mondiale des réfugiés, lors d’une projection d’un film sur le sujet à L’Alcazar. À chaque fois, que les gens voient le clip où nous entendent, les gens adorent, que ce soient des fans de rap ou pas, tout le monde aime.

Cesare est plutôt spécialisé blues donc, dans ce morceau, on n’est pas axé uniquement rap.

On a des bons retours, mais il nous faudrait plus d’exposition. On essaie, mais ce n’est pas facile.

 

Peux-tu nous parler de ton second clip ?

Le deuxième clip c’est « Julian de la Mambo ». C’est un clip plus street,un clip pour définir le cadre : Qui est Julian Ross ?, je m’appelle Julien, j’aime le foot. Julian Ross c’est tiré d’Olive et Tom.

Le texte donne une vision globale de ma pensée en tant qu’artiste. Il y a un peu tout dedans : mes potes, la famille, tout le monde est là.

 

 

Quels sont tes futurs projets ?

J’ai pas mal de titres à diffuser. Je retourne aussi en studio en octobre pour enregistrer. Je vais chez l’Adjoint Skenawin, à Beatbounce au quartier Saint Pierre. Je pense qu’il apporte beaucoup au rap. Je voulais absolument travailler avec lui. Il me pose les bonnes questions pour que je recherche ma vraie identité en tant qu’artiste. Je vais essayer de clipper au maximum, mais je ne sais pas si je vais faire un EP ou un album.

 

Artistiquement, quel est ton rêve ?

Mon rêve serait de faire la musique que j’aime et d’être validé par le plus de personnes possible. Je veux rester vrai sur scène, vrai dans les textes, dire des choses « engagés » mais ne pas gaver les gens pour autant, porter des valeurs de solidarité et ne pas se tromper d’ennemis surtout.

 

Aurais-tu un message à délivrer pour conclure ou une phrase qui te définit ?

« Je n’ai pas besoin de fumer des cônes pour avoir de l’humour, je n’ai pas besoin d’être assis sur le trône pour te chier du lourd. »

 

La discussion s’éternise, deux passionnés qui refont le monde… à minima le rap !

 

 

 

 

 

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