De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

Tout juste vingt-quatre ans et déjà un second album d’une maturité impressionnante. West « Lala Lala » a travaillé sur ces dernières chansons dans un état d’esprit particulier. Elles ont été composées dans une période qu’elle qualifie de paranoïaque pour elle. Passée par une addiction à l’alcool, la perte d’une personne proche et se sentant en insécurité suite à d’autres événements personnels, ses textes s’imprègnent de toutes les questions existentielles subordonnées. Musicalement, cela donne un résultat qualifiable de très rock’n roll. Entendre cela dans le sens d’une inspiration profonde et tripale, voire tribale par moment, dans une constante authentique respiration. Il y a beaucoup de langueur mélodique dans sa voix, mais infiniment emprunte d’une urgence vive. Entrée en matière avec « Destroyer » un titre qui parle de passer d’un trou noir à un autre, certainement le moyen espéré pour dépasser une culpabilité justifiée ou non. Tous les éléments négatifs se superposent en mots et en sons pour donner naissance à douze chansons habitées d’espoir. « Water Over Sex » use d’une guitare rappelant le New Order né juste à la fin de Joy Division suite au suicide de Ian Curtis, un autre drame. Pourtant West semble tenir haute la barre de son navire. « I Get Cut » cartonne ses accords plaqués et la chanteuse projette ses paroles avec une énergie dont la maîtrise ordonne une forme de beauté dans laquelle alterne la douceur des chœurs présents dans les couplets. Les mélodies sont le point fort de cet album. Deux chansons seulement dépassent les trois minutes. La première et la dernière. Concentrés et resserrés sur l’essentiel, les morceaux s’enchaînent sans temps morts ni fioritures inutiles. Il arrive que « Drop Out » et « The Flu » paraissent être composés sur exactement la même suite d’accords et le même tempo. Pourtant, aucune de ces deux chansons ne ressemble à l’autre, hormis ces accords. Cela prouve aussi la capacité créatrice de la jeune fille. Accompagnée seulement de Emily Kempf à la basse, aux chœurs, et de Ben Leach à la batterie, pour asseoir une solide ossature à ses titres, West a su coloriser juste ce qu’il faut quand il faut certaines chansons. L’utilisation efficace des réverbérations sur les guitares ou la voix, du synthé (« Copycat »), du saxophone sur le final « See You At Home » pour rester sur une touche d’espoir. « The Lamb » est un album qualifiable de pop, parce qu’immédiatement accessible, appréciable et touchant. De ces disques que l’on garde près de soi parmi ceux que l’on prend plaisir à réécouter, d’une part parce qu’ils sont très personnels, mais aussi parce qu’il n’y a absolument rien à jeter. West atteste que la douleur, encore une fois, est une source créative intarissable. Même effets et envies qu’à l’écoute du premier album de Supergrass ou de « The House That Jack Built » de Jesca Hoop.

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