De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

Etonnante légèreté d’apparence dans le son général de cet album de Christophe Miossec, au regard d’un track-listing aux penchants plutôt pessimistes dans l’écriture. Un contraste qui permet d’alléger la gravité du bilan. Parce que cet album ressemble à ce point que l’on fait au passage des grandes étapes de la vie, ce cadencement éprouvant des décennies « Je suis devenu ce que j’ai fabriqué et je ne sais vraiment plus comment m’en détacher/ Je me suis fait tout seul et je me suis raté ». A chacun sa vision des choses. Celle de Miossec est-elle biographique ou témoigne-t-elle simplement de son rapport aux vivants ? Celle de Miossec sent tellement le vécu que la question ne se pose pas franchement. D’ailleurs il ne parle que très rarement à la première personne, ce qui n’a jamais rien retiré à sa singularité d’observateur minutieux. Juste une façon pudique de traiter les sujets, doublée d’une grande humilité. Même lorsqu’il évoque la vie d’artiste (« On meurt en voulant s’envoyer en l’air, On meurt comme s’il n’y avait pas de fin, On meurt en essayant de faire du bien, On meurt en essayant de faire danser toute une salle entière, On meurt de rire, On meurt de faim » (« On Meurt »), il conserve cette distance qui n’est en fait qu’une porte ouverte pour mieux accueillir qui se retrouve dans ses mots, ou plus simplement, qui veut découvrir et partager, faire partie de son aventure. Justement, la seconde chanson qui traite du sujet, s’intitule ainsi, « L’Aventure », description de la vie en tournée avec un alignement d’évocations courtes et imagées, suffisant à rendre compte de cette période au quotidien de l’artiste. Onze chansons fortes et prenantes, inspirées, qu’il faut prendre le temps d’apprécier à la hauteur d’un traitement musical d’une extrême qualité, tout en finesse. De la gravité synthétique profonde des accords plaqués, dans « Les Infidèles », sur une boite à rythmes cheap et discrète, gravité bientôt enrichie de parties de cordes émotionnellement confondantes, on constate le pouvoir de la musique, lorsque, associée méticuleusement aux paroles qu’elles portent alors, la dimension prend une intensité accrue. Cet art de peindre en lettres et en notes ce qui n’est autre finalement que sentiments humains, ce que tout au fond d’eux, hommes et femmes ressentent sans, le plus souvent, être capable de l’exprimer clairement, Christophe Miossec sait trouver les mots et les sublimer par la chanson. « Son Homme » est tout simplement magnifique, puissant impact des arrangements, précédant un « Pour » au tempo plus rock, troisième évocation de la vie d’artiste comme raison d’être, témoignage de vie, distance prise avec la réalité d’un monde en constante mutation, avant de terminer avec le retour dans « La Ville Blanche », très certainement Brest, vu de la mer, qui semble compléter le parcours, alors que l’idée même semblait tout bonnement impensable auparavant. Evidemment, cet homme qui revient ne montre pas franchement de point commun avec le fils prodigue. La chanson impacte la réflexion sur l’existence et l’utilité d’une vie. Encore un bilan. Mais ce dernier restera propriété de l’homme, témoignant de façon rayonnante sur des destinées vouées à se frayer un chemin dans une extrême solitude, malgré le foisonnant parcours. Quant au pouvoir de la musique, de la création de ces chansons, donnent-elles à l’artiste la capacité à dépasser la terrible réalité du banal. « Nous sommes les survivants, Nous sommes les rescapés, Nous sommes de ceux qui ne sont pas passé de loin à côté ». « Les Rescapés », ou comment sublimer sa propre existence.

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