Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans. Également CEO d'un projet innovant dédié au HipHop.

Il est presque 20h, nous sommes à Saint Marcel, face à l’Affranchi, cette salle marseillaise dédiée aux musiques urbaines. Les portes ne sont pas encore ouvertes qu’une quinzaine de personnes discutent déjà à l’entrée. À l’inverse du concert où Timal se produisait deux jours auparavant, au Moulin, le public n’est, cette fois, pas de ceux qui viennent aduler les artistes pour leur beauté, leur charisme ou leur notoriété. Non, ici, c’est les paroles et le flow qui priment. Nous ne sommes donc pas étonnés d’entendre les quelques personnes présentes profiter de l’attente pour décortiquer les meilleurs seize (texte de 16 mesures) des artistes qui se produiront ce soir.

 

D’ailleurs, sur le côté, une bande de potes imagine une dictée donnée par Lacraps, la tête d’affiche de la soirée : « Ils nous caleraient ses rimes multisyllabiques et on se foirerait complètement ! ».
En effet, les poètes que nous sommes venus écouter ce soir n’ont pas de mal à rivaliser avec nos écrivains français. Mais ceux-là, on ne les étudiera peut-être pas en classe, et pour cause : ils ont beau manier les figures de style avec aisance, ils utilisent l’entière diversité lexicale de la langue française, vocabulaires injurieux compris, ce qui peut déplaire.

À l’inverse de ce que l’on pourrait bêtement croire, ces artistes ne sont pas « sans filtre ». Lacraps nous rappelle dans ses textes que « J’fais toujours attention, j’sais qu’les p’tits m’écoutent ». Si le politiquement correct n’est pas la première qualité du rap français, la responsabilité face aux plus jeunes reste primordiale pour pas mal de rappeurs restant fidèles aux valeurs du HipHop des 90’s.

 

La soirée commence enfin. Le premier round, c’est le Cypher Kill The Beat.

À l’Affranchi, démarrer par un challenge ou par des exercices de styles est un rituel. Les rappeurs de la cité phocéenne s’y collent à cœur joie, l’occasion pour eux de monter en compétences et de gagner en visibilité. Ce soir, c’est Yersa, Weedle, Junior, Kouss, Ino100, Nivek, et DMA qui représentent. Les présentations et l’animation sont faites, comme toujours, par Tyger. Aux platines, c’est Dj Venum qui assure, il a troqué Scylla, l’artiste qu’il accompagne habituellement, pour donner le feu vert à une scène plus méditerranéenne.

Par la suite, Sakness prend le relais accompagné de Jidma pour les backs ainsi que Venum aux platines. Nous aurons l’occasion de vous en dire plus sur cet artiste prochainement, dans le cadre d’une interview.

C’est ensuite au tour de Vin’s de prendre le Mic. Vin’s a une étiquette qui lui colle à la peau depuis le buzz de « #metoo » : on dit de lui qu’il est « Féministe ». Sa chanson fait mouche, mais ce n’est pourtant pas la seule à ce sujet dans le rap français. Les titres à l’effigie des femmes ont malheureusement moins la côte dans les médias que les titres sexistes et polygames. Pourtant, presque chaque artiste possède dans sa discographie un titre qui fait honneur aux femmes. En guise d’exemple on pourrait citer le deuxième couplet du titre «Les poissons morts» de Furax Barbarossa et Scylla, «À l’ombre du mâle» de Médine, ou encore «Mystère féminin» de Kery James, pour ne citer que nos trois préférées.

 

En revanche, cela n’enlève rien au fait que Vin’s méritait ce buzz. Le texte est particulièrement bien écrit et l’alternance des points de vue, mixée à sa sensibilité, rend le titre d’autant plus exceptionnel. Furax le disait « Parait […] qu’en France, une femme est violée toutes les 2 heures ». Ainsi, il n’est pas étonnant que ce type de morceaux trouve son public, surtout à un moment où l’actualité permet aux langues de se délier. Chilla, que nous avions interviewée il y a quelques mois, bénéficie, elle aussi, de cette étiquette. On ne peut pas pour autant résumer ces deux artistes à ce simple adjectif, d’autant plus qu’ils font partie d’un courant musical revendicateur aux valeurs fortes.

Pour en revenir au concert et à la prestation scénique de Vin’s, ce qui nous a le plus étonnés, c’est les duos en compagnie de son acolyte Sylver. Bien plus qu’un backer, Sylver nous a fait vibrer au travers de sa simple voix. Il est arrivé sur scène en rappant puis a entamé des chansons aux sonorités plus pop : une pluralité qui fait de l’effet et qui donne fortement envie de découvrir son univers, ainsi que celui du Cube, groupe constitué de Vin’s, Sylver, Liam et El’ka.

 

D’ailleurs, ce soir, il n’y a pas vraiment eu de simples backers : chaque artiste présent sur scène a pu présenter des titres complets et même quelquefois, exclusifs : Ali Polva, backer de Lacraps, nous a offert quelques morceaux, et Lacraps a également laissé la scène entière à L’amiral et à Carlito Brigante.

À la fin du concert, Vin’s nous a accordé quelques minutes pour de brèves questions :

 

Présentation de Vin’s, en punchlines :

Quelle est la punchline à laquelle tu t’identifies le plus ?
« Non, je ne laisse pas ton humeur me polluer, je m’en fout d’être connu, mais je serai premier, je me le suis promis »

La punchline dont tu es le plus fier ?
« Il y a plus de femmes qui tombent sous les coups, que de maris qui tombent sous écrous »

La punchline que tu dédicaces à tes amis ?
« Mes potos s’buttent au rhum, et au Jack aussi, ici c’est l’shit qui fait des bulle, c’est pas l’jaccuzzi »

La punchline que tu dédicaces à ta famille ?
« Je revois son visage quand je claquais la porte en chialant, mais un jour je lui dirai tiens m’man c’est pour toi ce disque de diamant »

La punchline du futur projet ?
« J’ai cru en cette vie-là, c’était qu’un mirage, tu sais c’est facile de s’aimer quand ça va »

La punchline qui définit ta vision du rap ?
« Ils veulent que je rappe à l’ancienne, mon gars tu es comique, nique ton rap conscient je ne rentre pas dans vos catégories »

 

Suite de l’interview :

Pourriez-vous, nous raconter l’histoire du morceau qui vous tient le plus à coeur ?

Je ne sais pas si je vais parler de celui qui me tient le plus à cœur parce que je ne vais pas réussir à expliquer le pourquoi du comment. Je vais parler de « Marianne ». Pour moi, c’est un morceau qui est symbolique. Je l’ai écrit 48h avant le deuxième tour des élections. J’ai parlé avec un pote. On a échangé et, en fait, l’idée de faire ce morceau est venue. Cela a été un coup d’éclair parce que j’ai écrit le morceau en une soirée. Je l’ai écrit, le lendemain je l’ai appris, le dimanche je l’ai posé. C’est une prod de Renardo que j’ai trouvé sur internet. D’ailleurs, il était présent ce soir. C’est né de cette manière. J’ai eu une impulsion et un besoin de dire tellement de choses sur ce sujet. J’avais envie de lâcher une bombe le jour de l’élection, une sorte d’attentat lyrical.

 

Habituellement, vos morceaux prennent si peu de temps à naître ?

Non, il y a des morceaux qui peuvent prendre un an. Par exemple il y a un morceau qui n’est jamais sorti qui a pris plus d’un an. Il va sortir un jour, mais je ne sais pas quand. Il ne sera pas sur le prochain album en tout cas. C’est un morceau qui raconte une histoire. Cela m’a pris du temps, car l’histoire prend du temps à raconter et le storytelling n’est pas quelque chose de facile à faire. J’ai agrémenté ce morceau au cours de ma vie. C’est une personne qui m’a demandé d’écrire ce titre, c’est une sorte d’hommage. Je me suis inspiré de plusieurs histoires et cela a été long. Tout ce qui va se passer pour ce morceau sera dans la durée c’est certains (rires).

 

Pourriez-vous nous raconter votre arrivée dans la musique en 5 lieux ?

Je dirais Montpellier, Embrun, Grenoble, Lyon et Paris.
Montpellier c’est là où j’ai commencé à faire du rap. C’est l’endroit où j’ai enregistré mes deux premiers projets et une bonne partie de tous mes projets. C’est également là où j’ai rencontré pas mal de monde.
Embrun parce que c’est la ville où j’ai rencontré mon acolyte Sylver et qui aujourd’hui est un vrai frère dans la vie et dans le son.
Grenoble c’est la ville où il y a tous mes potes et notamment le Waza Crew. C’est où j’ai fait toutes mes armes dans le HipHop : les open mics, mes premières vraies scènes.
Paris c’est la ville où j’ai développé des projets et où je me développe. C’est là-bas que j’ai été signé et où je fais des connexions.
Lyon c’est un endroit où j’ai vécu, j’ai une histoire là-bas.

 

Pour en revenir à Sylver et vous, le morceau « Peur » est un morceau qui change d’ambiance, c’est un peu plus ouvert en terme de musicalité. Sur scène vous l’annoncer comme un morceau symbolique, pourriez vous en parler un peu plus ?

Depuis tout à l’heure j’esquive ce morceau, je ne veux pas en parler. Ce morceau parle de choses très personnelles. Je l’ai écrit en deux temps. Il y a un avant et un après, démarqués par deux couplets. Sans trop en dire : il y a deux choses qui se passent, séparées par un refrain que j’ai également écrit et qui représente une façon de penser. Ce refrain c’est des mauvaises pensées que tu ressasses : « J’ai peur » « Je crois » « J’ai peur de vivre » « J’ai peur de croire ». C’est une sorte d’autosabotage qui génère la situation d’après. C’est pour ça que le morceau s’appelle « Peur ». La peur peut tout saboter, c’est le contraire de l’amour.
Ce morceau est accompagné d’un clip qui raconte aussi une histoire, une histoire personnelle.

 

Quels sont vos futurs projets ?

Je prépare un projet en effet, ça c’est certain. Déjà j’ai le projet du Cube qui est sorti, un projet de groupe avec Sylver, Liam et El’ka. C’est une nouvelle naissance, celle d’un projet, mais également d’un groupe. Et puis à côté j’ai un projet solo que j’ai hâte de défendre.

 

Nous remercions Vin’s, son manager, les artistes présents sur scène et toute l’équipe de l’Affranchi.

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