Quel plus bel hommage que celui-ci à une artiste aussi marquante que fut Bobbie Gentry, de son vrai nom Roberta Lee Streeter. Evidemment, reste surtout une chanson imparable que beaucoup imagineront composée par d’autres, tant le titre aura eu de succès par différents interprètes. En France, ce sera prioritairement Joe Dassin avec « Marie-Jeanne », adaptation à pleurer de « Ode To Billie Joe », ou encore une sublime version par Jean-Louis Murat, que l’on retrouvera ici en toute dernière position, dans une version chantée avec intensité par Lucinda Williams. Hormis cette chanson qui figurait en dernière position aussi, mais sur le tout premier album de Bobbie Gentry, paru en 1967, cet album est en fait le second album de la chanteuse, « The Delta Sweete » (1968), entièrement revisité. Le travail de Mercury Rev –le duo  Sean « Grashopper » Mackowiak et Jonathan Donahue, ici avec Jesse Chandler, du groupe Midlake -, réussit l’exploit de réunir une pléiade de grandes chanteuses, toutes absolument impressionnantes de justesse face à ce répertoire. Mercury Rev réussit en parallèle la création d’orchestrations parfaites présentant une unité sonore qui se positionne aux portes d’un grand rêve. Utilisation importante de la réverbération, sur les voix, comme dans ces années 60 où l’on recherchait cet effet aux limites du céleste et du psychédélique, mais aussi dans la détermination spatiale des instrumentations. On est un peu comme dans un vaisseau intersidéral, parti dans les limbes improbables d’une apesanteur angélique. Les chanteuses, à commencer par Norah Jones, avec « Okolona River Bottom Band », brillent de perfection, dispensant chacune leur aura personnelle. Hope Sandoval (Mazzy Star) interprète un fabuleux « Big Boss Man », Rachel Goswell, « Reunion », Laetitia Sadier, le superbe « Morning Glory ». Douze titres, douze chanteuses, dont Beth Orton avec  « Courtyard ». Pas un seul point faible dans cet album qui s’écoute d’une traite, clôturé par l’impressionnant « Ode To Billie Joe » dans la version évoquée tout à l’heure, par une Lucinda Williams au sommet. Un album dont l’étonnante unité donne envie de placer l’objet en tête de notre gondole musicale. Sublime.

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