Ouf, il y en a encore qui osent utiliser des mots pour écrire leurs chansons. Enfin des mots, disons un lexique enrichi surtout. Dans les paysages de Baptiste W. Hamon, dès « Soleil, soleil bleu », il y a des vignes, des groseilles, un grand saule, pour une promenade où craintes, soupirs et complaintes peuvent se lover dans un horizon végétal. Le chanteur n’a jamais caché son grand amour de la musique américaine, des artistes majeurs de la folk et pourquoi pas, de la country, Bob Dylan ou Townes Van Zant (titre d’ailleurs d’une des chansons de son disque précédent), ou encore le canadien Leonard Cohen. Alors, maintenant qu’il chante quasiment tout en français, il invite si besoin une pedal-steel, évoquant les grands espaces pas encore – et peut-être jamais, espérons-le –colonisés par le béton. Des espaces que l’on imagine dans ces fantasmatique Etats-Unis d’Amérique, mais que l’on peut tout autant retrouver par chez nous. BWH est originaire de Chablis, pointe nordique d’une Bourgogne viticole, autre richesse terrestre de paysages au naturel soigné et équilibré. Le W. (dèbelle-you), a été ajouté entre le prénom et le nom, évocation volontaire de cet amour pour la culture américaine. Pourtant, lorsque l’on écoute Baptiste chanter, on se met à penser à Serge Reggiani, pour la diction, l’interprétation, voire aussi Dominique A (« J’Aimerais tant que tu reviennes »). Un écart qui se pose comme point fort de la démarche artistique, affirmant ici ses règles de démarcation. Ajoutant à cela une authenticité inédite confirmée par les talents de songwriter de Monsieur Hamon, on comprend l’engouement de certains médias ainsi que les arguments soulignés pour porter aux nues ce nouveau talent. Les neufs titres qui constituent cet album apprivoisent l’auditeur au fil des écoutes. Contrairement à la sobriété apparente des arrangements, on découvre progressivement toute la subtilité d’un travail d’orfèvre réalisé ici pour amplifier le pouvoir émotionnel des chansons (« Bloody Mary », « Comme on est bien »). Deux duos significatifs, « Hervé » avec Miossec et « Mon capitaine » avec Will Oldham, complètent la richesse du tableau. On se permettra d’écrire que la chanson « Hervé » est le pendant made in BWH de la sublime « Ode To Billie Joe » de Bobbie Gentry, magnifiée par le texte français chanté par Joe Dassin (« Marie-Jeanne »), une chanson dont le trouble provoqué est tel que les pleurs ne sont jamais loin. Et plus on écoute tout cela, plus on y revient. « C’est une maison de pierre blanche, D’où l’on observe les souvenirs de l’enfance Et de la grande adolescence, Je n’avais pas conscience Des détours qu’il faudra prendre, Et peu importe, Tout au bout je savais : Le plaisir, les voyages, un baiser, Alors, je peux démarrer ma journée » (« Je brûle »).

En Live dans l’émission “Foule Sentimentale” de Didier Varrod sur France Inter

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De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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