Démarrage très fort avec l’instrumental d’introduction de la chanson qui donne le titre à cet album Pour peu que l’on soit sensible au travail d’arrangeur de Florent Marchet (Cf. le sublime « Frère Animal », par exemple), on s’y retrouvera tout de suite. Une construction instrumentale toute en finesse et délicatesse, en osmose totale avec les mots qui vont suivre. Proche de la musique dite classique, mais tellement actuel pourtant, et tellement propice à la saisie émotionnelle. Clarika est-elle aussi encore montée d’un cran – bien que l’on n’ait absolument rien à lui reprocher quoiqu’il en soit -, touchant du fond de ses cordes vocales le déclencheur émotionnel. Il faut bien répéter ce mot, c’est ici un peu comme La Grande Sophie avec « Cet Instant », son dernier disque, puisque Clarika semble développer une philosophie gagnée avec les années, l’expérience, la vie et le temps qui passe. Mais Clarika montre un regard qui s’appuie beaucoup sur une géographie symbolique. La lisière, bien sûr, mais aussi « Venise », ses canaux et ses phantasmes (le très beau duo avec Pierre Lapointe, pendant volontaire et contraire aux gondoles que chantaient Sheila et Ringo). La question est existentielle : « Mais les carrés sont-ils convexes ? ». La chanteuse la pose dans « Sous Ton Cortex » : « Les ronds à bords angulaires Sous ton hémisphère droit Vois-tu le même bleu que moi ? » Toujours la problématique sentimentale qui trouve au travers de l’imagerie poétique de Clarika un pouvoir thérapeutique et rédempteur : « De tout façon un jour t’es mort Alors autant qu’on en profite tout de suite » (« Tout Tout De Suite »). Des chansons forcément en écho avec la vie privée de l’artiste. Autant dire qu’avec les compositions de Florent Marchet, qui signe ici toutes les musiques (on reconnait bien sa belle patte mélodique), comme nous le disions tout au début de cette chronique, les arrangements poussent encore plus loin le pouvoir de ce nouveau répertoire dont la dimension singulière et exceptionnelle dispense un tel plaisir d’écoute. On touche au sublime. « Le Désamour », « L’Astronaute », « l’Azur », sans oublier l’un des titres phares, « Même Pas Peur », et toujours cette distance tenue avec l’humour sincère de Clarika, « Je Suis Ton Homme ». Une merveille cet album !

Cet article a été rédigé par :

Avatar

De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *