Habituées à collaborer ensemble, nous adorons partir à la rencontre d'artistes à textes. Le HipHop est pour nous une passion et nous souhaitons mettre en avant les artistes qui nous tiennent à cœur.

Samedi 17 février l’équipe d’Extended Player est allée à la rencontre de Bastard Prod, groupe indépendant toulousain qui a creusé son sillon dans la ville rose et dans le réseau underground français. 


Toxine, Furax, Sendo, Abrazif et 10vers ont fait leurs preuves sur différents projets depuis de nombreuses années. L’identité “Batsard Prod” a vu le jour en 2005-2006 alors que seul Furax et Toxine se fréquentaient. Le reste de l’équipe s’est joint à l’aventure musicale un peu plus tard. Le dernier intégré fut 10vers en 2013 alors qu’il se retrouvait seul au sein de son association Bim Bam Prod.

“Bastard Prod” c’est donc l’aventure de beatmakeurs et de Mcs : une aventure qui s’est enrichie avec le temps, intégrant de nouvelles plumes, de nouveaux profils charismatiques. Ambiance sombre, textes sincères, prods percutantes, voix rauques, l’identité du groupe est forte et reconnaissable. Plus qu’un groupe dans le sud de la France, c’est une institution. Leur public ne se compte pas en millier, mais ils ont su fédérer une meute de fidèles autour de leur projet. Ces artistes que l’on voit peu dans les médias provoquent pogo et hystérie sur scène.

Étonnamment, les cinq acolytes n’avaient jusqu’alors pas sorti de “projet commun”. Furax s’était présenté avec “Testa Nera” en 2014 et 10Vers en 2015 avec “De fil en aiguille”. “100 comme un chien”est donc l’aboutissement du collectif. Nous avons voulu en savoir plus sur ce premier album. Le groupe nous accueille dans les antres de l’Affranchi, posé sur un canapé rouge. 10vers, Furax et Sendo sont présents, Toxine manque à l’appel. Abrazif également puisqu’il a de son plein gré quitté la tournée. La rencontre dynamique démarre, entre gros délires et sérieux, ça promet pour la suite ! Sur scène, l’énergie est toujours là et tout prend son sens. Nouveaux sons et classiques s’enchaînent, avec Polska aux platines pour 1h30 de show.

 
 

Pouvez-vous nous parler de votre album « 100 comme un chien » ? Et pourquoi un premier album Bastard Prod aujourd’hui alors que vous êtes ensemble depuis déjà un moment ?

10vers : Ce n’était pas calculé, on ne s’est pas dit « cette année on sort un album ».
On s’est sentis bien. Moi j’ai réuni le groupe il y a 3-4 ans en tant que MC, mais on se fréquentait déjà à l’époque. Avant j’avais ma structure Bim Bam Prod, qui gère toujours le booking de Bastard Prod. À partir du moment où j’ai rejoint le groupe, on a voulu créer une identité, et c’est venu tout seul.
À la base l’album devait sortir en 2016, ça a pris du retard et c’est arrivé en 2017. Et l’album en quelques lignes, un album qui nous ressemble, 100 comme un chien.

 

Quel a été le processus de création pour cet album ?

10vers : En fait on n’a pas écrit cet album ensemble, moi j’étais beaucoup en Suisse à ce moment-là. On choisissait des thèmes, Fu [Furax] a donné beaucoup d’idées, et chacun ajoutait des choses de son côté. Au final, on ne connaissait pas trop les couplets des autres, on les a découverts quand on enregistrait.
Par contre, on a enregistré tous ensemble. On s’est enfermés en studio une semaine à Toulouse.
Au final, l’album a pris du temps, on a eu des galères. On a commencé à en parler en 2015, et fin 2015 on avait déjà « amnésique », deuxième morceau de l’album. Puis on a enchaîné et tout enregistré l’été 2016. On a eu des galères de mix et tout est arrivé en septembre 2017. Donc il s’est passé presque 2 ans entre l’envie de faire l’album et l’aboutissement, c’est ça l’indé !

 

Et si c’était à refaire, vous procéderiez de la même façon ?

Sendo : On n’a pas vraiment choisi le processus, on suit les aléas de nos vies à côté.

 

Il parait que vous avez des rythmes d’écritures différents et que c’est aussi une des raisons pour laquelle vous n’avez pas écrit l’album ensemble.

10vers : Qui a dit ça?! (rires)
Furax : On a tous des rythmes d’écritures différents. Et moi, d’un 16 à l’autre ça peut varier. Je peux en écrire en 2 jours, ou en 1 mois.

 

Au sein de l’album, vous faites souvent référence au temps qui passe, ressentez-vous une évolution dans votre écriture et dans les thèmes abordés ?

Furax : On ressent une évolution et heureusement, une évolution technique, une évolution dans le choix des instrus aussi.
Sendo : C’est notre moteur, dès qu’on a fait un truc, on a plus envie de faire la même chose après. Furax a fait 4 albums, ils sont toujours différents.
10vers : C’est une question de maturité aussi. Tu me donnais un thème il y a 10 ans, aujourd’hui je ne l’écrirais plus de la même manière.

 

Il parait que certains de vos morceaux vous plaisent moins et les jouer sur scène vous ennuie ?

Furax : Je me rappelle, j’ai dit ça pour « Qui me demande ? ». Il y a des morceaux qu’on aime moins jouer c’est vrai.

Après, il y a beaucoup de sons qu’on nous demande, mais qu’on ne fera jamais, parce que techniquement c’est moins bon, parce qu’il y a des choses qu’on dit dedans qu’on a plus envie de dire…

Sendo : C’est commun à tous les artistes
10vers : Ce n’est pas qu’on n’aime plus les morceaux, mais ça nous saoule de les jouer quand on le fait depuis 5 ans.
Furax : Mais il y a des morceaux qui passent au-dessus de ça, ils sont tellement à l’ancienne, c’est des classiques.
Sendo : ça régale tellement le public qu’on le fait.
10 vers : Par exemple pour « Harraga » parfois j’aime moins le jouer et parfois je kiffe, ça dépend, c’est jamais pareil. Le dernier concert qu’on a fait à Marseille au mois de juin on s’était senti super bien sur scène, c’était mortel.

 

À l’inverse, y-a-t ’il des sons qui sont intemporels, ou qui, pour vous, sont un vrai plaisir à jouer sur scène ?

Furax : Les derniers sons qu’on a faits déjà, l’album c’est un vrai plaisir.
10 vers : « À l’origine » et « Harraga », c’est des morceaux qui ne vieillissent pas pour moi. Concernant les morceaux de Bastard Prod, on en reparlera dans 3 ans. Je pense que « Vise le cœur » fera partie des morceaux intemporels.

 

Que pensez-vous de l’engouement que vous suscitez chez le public, notamment sur scène ?

Furax : On ne s’en rend pas compte, d’une scène à l’autre, le nombre de personnes varie. S’il y avait un réel engouement, on remplirait toutes les salles qu’on fait. Oui on a un public de fidèles, mais ils ne sont pas nombreux à nous suivre.
10vers : Toulouse c’est impressionnant, à la maison, les gens sont là.

 

Pouvez-vous nous parler du concert au Métronum à Toulouse ?

10vers : C’était un concert avec un liveband. On réitère d’ailleurs bientôt, le 22 septembre. C’était énorme, on a joué tout notre répertoire quasiment avec les musiciens. On était 14 sur scène, ça donne une autre dimension.
Furax : On se permet plus de variantes sur la prod, on peut tout se permettre.
 

 Vous êtes en indépendant, comment ça s’est passé pour l’album?

10vers : On a enregistré quelques titres dans un lieu culturel qui s’appelle la Friche à Toulouse.
Furax : Le reste on l’a fait en studio, de chez nous.
10vers : On a fait mixer par Toxine, masteriser par Neka en suisse.
Furax : C’est des trucs en famille, on se démerde. Mais il ne faut pas se leurrer, on n’a pas la meilleure qualité du monde, ça se ressent. Certes on ne paye rien, on fait tout nous-mêmes, mais on a le son qu’on mérite.
10vers : Pour la distribution on a travaillé avec Modulor sur ce coup-là, sinon pour les solos on bosse avec Additive.

 

L’indépendance, c’est toujours un choix?

Furax : En tout cas, pour mon prochain projet, je vais payer, j’ai envie de passer un palier.
10vers : Moi aussi. Ce n’était pas vraiment un choix, on était en famille, on se contentait de ce qu’on avait. On sait bien que la qualité a un prix.

Abrazif a quitté la tournée. Que s’est-il passé ?

Furax : Il a quitté de son plein grès le groupe, pour raison personnelle. Il va très bien j’étais avec lui il y a 2 jours. Il aura surement des projets rap, mais pas avec nous.
 

Y-a-t ’il des projets en cours ?

Sendo : Je suis sur un album solo, que je fais à Paris.
10vers : J’ai un EP en cours, un 8 titres. Et j’aimerais cette année me concentrer sur un deuxième album Bastard Prod, j’ai surtout envie de faire du collectif en ce moment.
Furax : Je suis sur un solo, avec 13-14 titres.

Et pour finir, voici quelques mini questions auxquelles on aimerait que vous répondiez en un mot. Quelle est votre musique du moment ?

10vers : jazz
Furax : Mani Deiz
Sendo: Ibeyi

Votre état d’esprit du moment ?

10vers : Bien-être
Furax : Conquérant
Sendo : Tapis

Votre coup de gueule du moment ?

Sendo : Les interviews où on n’est pas sérieux
Furax : Autotune
10vers : Actualités et amalgames

Votre joie du moment ?

10vers : Ma vie de couple
Furax : Ma fille
Sendo : Affection

 

 

Nous remercions Gil de l’Affranchi, 10Vers, Sendo, Furax et Polska pour le temps qu’ils nous ont accordés.

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