Ils sont deux. Non, ce n’est pas un groupe, mais plutôt l’association de deux rappeurs du Sud, des bosseurs qui, à côté de leur taff, s’adonnent à leur passion avec énergie.

Lorsque nous les avons croisés, ils faisaient la première partie de Vin’s au Molotov. Ils étaient sur la finalisation d’un nouveau projet commun, projet dont on attend aujourd’hui la sortie. Pour patienter, voici des présentations :

Traid & Yersa c’est deux artistes, deux zones géographiques et une rencontre, pouvez-vous nous en dire plus?

Traid : Je suis originaire d’Istres comme mon ami Fabrice, Yersa. En 2015, j’ai déménagé sur Nice pour le boulot. Nous nous connaissions déjà depuis quelques années et nous avions même fait partie d’un petit collectif de manière informelle. Du coup, nous nous sommes dit que nous pouvions faire un projet ensemble et ça s’est fait en 5 séances studio. Cela a été assez rapide. Yersa, tu as quelque chose à rajouter ?

Yersa : Oui. C’est vraiment Istres la base. On se connaît depuis longtemps. Puis Traid est parti sur Nice Cote d’Azure ce qui nous a surtout permis de trouver un autre réseau là-bas, ce qui a été bénéfique. Mais le travail à distance fait que des fois cela complique la tâche.

Pourriez-vous revenir sur la symbiose qu’il y a eu au début? Pourquoi avez-vous voulu bosser ensemble au départ?

Yersa : En fait Traid faisait partie d’un groupe qui s’appelait K.5 Bolik à l’époque, avec d’autres collègues d’Istres et moi j’étais en solo. On s’est croisé sur des tremplins HipHop qui se faisaient sur Istres, les HipHop connexion. On a commencé à discuter, à faire des freestyles ensemble et moi ce que je voulais c’était nous retrouver sur des morceaux un petit peu Soul, des samples avec des voix pitchées, ce genre de truc. Et c’est un peu là-dessus qu’on a accroché. Initialement nous devions faire un projet à plusieurs, qui avait commencé à être maquetté, mais le projet à 4 est tombé à l’eau finalement. Et nous, à ce moment-là le hasard a fait que nous étions en session d’enregistrement. On a fini cette session d’enregistrement en sortant des petits couplets qu’on avait par-ci par-là et on s’est dit que ces couplets-là, plutôt que de les laisser mourir dans un coin, nous allions plutôt les sortir. C’est pour ça qu’on a appelé le projet « Les 16 disparus », c’est le fameux projet concept de fond de tiroir que tout le monde sort tout le temps. C’est ce qui nous a permis de faire un projet très rapidement en se disant « On choisit des prods, on essaie de choisir des thèmes qui collent à nos seize » et de là est né le projet « Les 16 disparus ».

Pourriez-vous nous raconter votre rencontre avec le rap ? Quelle a été la raison du coup de foudre? Et, dans cette relation, quels sont les points conflictuels et l’objectif?

Traid : C’est un ami qu’on a en commun qui à douze ans m’a filé le CD de IAM, de « L’école du micro d’argent ». À ce moment-là je traversais des moments compliqués par rapport à des problèmes personnels. De ce fait, le message m’a plu, ça me parlait. Des potes m’ont donné des Cds, ce n’était pas la musique présente à la maison. Et après j’ai eu le besoin d’extérioriser, d’écrire. C’était pour moi très bénéfique, car j’essayais d’écrire et je me rappelle avoir en tête des mots qui sonnait bien, mais dont je ne connaissais pas le sens, j’allais donc voir dans le dico. Et grâce à ça j’ai étoffé mon vocabulaire, fait des recherches. Finalement sans ça je n’aurais pas eu d’intérêt pour la lecture.

Pour les points conflictuels, y’en a pas. J’écoute de la musique en permanence, j’en ai besoin. Les points conflictuels c’est que parfois le rap peut te mettre dans un mood où, si tu es triste, tu vas écouter un truc triste et finalement ça va te tirer vers le bas. Mais de manière générale on vit avec la musique. Moi j’ai besoin d’en faire. Peut-être que même à 50 ans et même à la retraite j’en ferais avec mes enfants. C’est un truc cool qui fait partie de nous.

Yersa : De mon côté, j’ai plutôt été bercé par le rock plus jeune et les premières sonorités Hip Hop sont arrivées par Public Enemy et les Beastie Boys. Puis j’ai commencé à écouter du Cypress Hill notamment et Snoop Doggy Dog. À ce moment-là, ce n’était pas vraiment le rap, c’était la danse. J’ai donc commencé plutôt à danser tout en écoutant du rap à côté. Puis, je me suis rendu compte qu’en dansant je ne faisais que reproduire ce que faisait mon prof de danse (Cedric CARBONARO aka M.J). J’ai donc compris que je n’avais pas d’avenir là-dedans. À ce moment-là j’écoutais déjà plus de rap français : NTM, IAM, peut-être même plus de NTM et de Kool Shen plus particulièrement. L’univers de mes sœurs étaient rock, mais mon père écoutait du Brassens, du Ferré, j’étais déjà sensibilisé aux textes. Donc la rythmique me plaisait, mais j’aimais surtout le texte. Cela m’a donné envie de continuer cette tradition des paroliers. Côté conflictuel, pour moi ce serait plus les moments où tu essaies de te développer, à avoir des petites ambitions, puis finalement être rattrapé par le fait que c’est très dur à atteindre. Parfois, c’est source de déception, car tu n’arrives pas à faire ce que tu veux. Mais au final, lorsque tu regardes en arrière tu es satisfait. C’est même les erreurs qui te font apprendre. C’est les moments de galère qui te font le plus sourire avec le temps.

Et les moments de galères, là maintenant ça va être le studio. Le studio c’est compliqué, car il faut sortir quelque chose de propre et parfois tu n’arrives pas à reproduire ce que tu fais en freestyle. Les meilleurs sons sont en freestyle. Tu n’arrives pas à ressortir ça d’une cabine dans laquelle tu n’es pas forcément à l’aise. D’où l’intérêt de trouver un bon studio : ne pas aller dans n’importe lequel, se sentir bien avec l’ingé son, se sentir bien avec les lieux. La pression de la cabine peut te faire sortir des trucs qui n’ont rien à voir avec ce que tu fais en freestyle et pour moi c’est ce qui est conflictuel. Savoir comment me sentir bien en cabine pour ressortir exactement ce que je veux sur CD. L’objectif c’est de se faire plaisir. Je ne sais pas où on ira, mais l’objectif c’est d’aller le plus loin possible pour se faire plaisir et continuer à faire des scènes pour l’expérience et des projets parce que c’est ce qui restera à faire écouter à d’autres personnes par la suite.

Traid : Mais c’est que tu es particulièrement perfectionniste toi !

Yersa : Particulièrement oui ! (rires)

Il y a toujours un événement qui nous a fait vibrer, qui marque nos plus beaux souvenirs. Est-ce que de votre côté, il y en a un qui vous invite à continuer dans le HipHop?

Traid : Pour moi il y en a deux. En 2017 on a eu la chance de faire la finale BuzzBooster. Lors de la Demi-finale, c’était cool, car il y avait des personnes assez connues qui nous ont fait des éloges et qui, finalement, nous ont dit « c’est bizarre on n’a jamais entendu parler de vous ». Ça, c’est parce qu’on vient d’Istres, d’à 50km. C’est l’étang de Berre qui nous sépare de Marseille et du réseau. Le deuxième souvenir c’est l’organisation de notre propre soirée à la maison le 24 mars, à l’Usine (salle d’Istres). On a fait venir Lacraps, Antidote, Les Parasite etc. On était à la maison, il y avait 300 personnes. L’événement a été relayé par La Provence. C’était un peu une fierté, car c’est plutôt dur de travailler sur Marseille. On connaît peu de personnes, on n’a pas les bons contacts, etc. C’était cool. Et sortir le projet c’était cool aussi !

Yersa : Mes premiers souvenirs resteront ceux d’il y a à peu près 20 ans, ici justement. Le Molotov s’appelait le Baltazar. La soirée était organisée par les ateliers d’écriture de Prodige Namor dont nous parlions juste avant l’interview. C’était ma première scène. C’était ici et c’était flippant à mort. Mais ça restera le moment où, quand tu descends et qu’on te tape sur l’épaule en te disant « Bien joué », bah… le plus dur est fait, il n’y a plus qu’à continuer !

Et oui, les finales BuzzBooster étaient dingues. Être arrivés à ce niveau en équipe fait vraiment plaisir, d’autant plus qu’on avait été repêché à la dernière minute. On n’aurait pas dû faire cette finale-là ni la demi-finale, ça reste de très très bons moments.

Quel est le leitmotiv qui vous a conduit à faire un second projet ensemble ? Quelle direction vous êtes-vous donnée sur ce projet-là?

Yersa : La direction c’était de faire mieux que le premier ! (rires)

Le premier, comme on a dit, c’était plutôt « fond de tiroir ». Là, c’était vraiment se poser ensemble, travailler les thèmes ensemble, faire les choix des prods ensemble. C’est déjà un peu plus conséquent que ce qu’on avait pu faire auparavant. La dynamique qu’on a c’est de se mettre en danger, sortir de cette étiquette un peu boom-bap qu’on a pu avoir. Le but n’est pas juste d’en sortir par rapport aux autres, mais par rapport à nous. On rap sur du boom-bap depuis pas mal de temps et à un moment donné on a envie de s’essayer à d’autres choses, de prendre l’air sur de nouveaux instrus. Pas forcément de la trap, c’est ce qui se fait beaucoup et on s’y essaie aussi, mais on veut surtout tenter des choses dans la manière de poser, dans les flows, la façon d’écrire. La mise en danger c’est vraiment le but du projet. D’ailleurs le thème global sera justement le principe de « route sans fin qui t’amène constamment à t’améliorer dans une soi-disant quête de perfection ».  La perfection tu ne l’atteins jamais, mais en attendant, à essayer de la viser, tu ne peux que t’améliorer et c’est le but du jeu.

Et ce projet, il est prévu pour quand?

Traid : On est perfectionnistes, donc c’est vrai qu’on prend un petit moment. Et surtout il y a le travail à distance, mais c’est prévu pour 2020.

Il y aura donc un avant-projet où on va appeler des gars du coin qu’on aime bien, faire aussi des clips, car la musique se regarde. Donc une fois que le projet sera terminé on veut avoir 6 ou 7 clips pour exister visuellement.

Pour parler des deux projets, pourrions faire des passerelles entre les deux et rapprocher certains titres au niveau des thèmes?

Yersa : Il y a le côté revendicatif, dire des choses quoiqu’il arrive que ce soit imagé ou non. Dans cette idée, sur le nouveau projet il y a un morceau qui s’appellera « Drôle d’époque ». C’est clairement un constat de la société quelques années plus tard. Sur d’autres morceaux du précédent projet, on avait des titres dans cette veine-là, la revendication.

Si on prend l’outro des seize disparus, on est déjà dans la dynamique de dire qu’on est sur une route qui va de projets en projets. Si on avait un troisième projet, je pense que l’outro serait aussi sur ce principe-là. On clôt un chapitre pour en recommencer un nouveau. C’est un cycle.

Est-ce que ; dans l’ensemble de vos morceaux ; vous pourriez choisir le titre qui vous fait le plus vibrer lorsque vous le rapper?

Yersa : Un de chaque projet. On va peut-être parler des morceaux que l’on va faire ce soir, on va en faire deux qui seront dans le nouveau projet.

Mais si j’en choisis un de l’ancien, c’est un où le couplet est justement dans la revendication, du texte pour du texte.

Et, dans le nouveau projet, on n’a pas forcément que des duos. On a tenu à mettre 4 solos, deux de chacun. D’ailleurs on n’a pas tenu à donner de nom de groupe, on sait qu’on repartira sur des projets solos, donc c’est Traid & Yersa et non un nom de groupe.

Dans mes solos, il y en a un sur le thème du deuil et celui-là c’est celui que j’ai écrit le plus vite de ma vie, sur un trajet de train. En termes de thème, c’est celui qui me fait le plus vibrer à chaque fois que je le pose.

Traid : Moi, concernant les nouveaux morceaux je dirais « Drôle d’époque ». D’ailleurs c’est une prod de notre ami ici présent. Il trouvait que cette prod ne valait pas grand-chose alors que moi je l’ai trouvé incroyable. Je suis reparti à Nice, je l’ai fait écouter à des potes qui l’ont trouvé incroyable aussi. Du coup, on s’est projeté direct. C’est un morceau un peu plus long, sur lequel on fait des constats.

Et, pour le morceau perso, j’aime bien celui où je parle de voyage. C’est quelque chose que j’apprécie. J’aime essayer de partir, de voyager.

Pour en revenir à votre troisième acolyte, peut-on faire les présentations?

Lionel : Moi je suis Lionel, ça fait deux ans maintenant que je suis avec eux. Je connaissais Fabrice (Yersa) par rapport à la danse. Je l’avais rencontré à l’époque où je faisais des platines. Et puis lors de la demi-finale du Buzz Booster, ils m’ont appelé, ils voulaient un DJ. À l’époque j’avais justement envie de me remettre dans le HipHop puisque c’était un de mes premiers amours musicaux. L’aventure s’est bien passée. Ça m’a donné envie de continuer avec eux et de me remettre à faire des prods. De temps en temps je leur en fais écouter et ils piochent dedans.

Traid : de plus en plus !

Lionel : oui de plus en plus.

J’avais vraiment aimé la performance qu’ils faisaient sur scène. Moi qui ai 35 ans, je fais partie de la même génération qu’eux. Moi aussi je fais partie de la vieille école. Ce que j’avais aimé chez eux c’est l’implication qu’ils mettent dans le HipHop. Tout le monde n’est pas capable de mettre l’énergie nécessaire : passer ses week-ends à écrire, venir en studio, venir faire des scènes lorsque tu as un travail, un emploi, des enfants. C’est surtout ça qui m’a donné envie de continuer avec eux.

Et justement Lionel, quel est le morceau que tu préfères faire sur scène?

Lionel : Je pense que Traid & Yersa sont lassés des premiers morceaux à force de les faire sur scène. Moi je trouve que « Kick moi ça » a une belle énergie en live. Je n’ai pas encore eu le temps de faire les nouveaux morceaux sur scène, mais je pense que « BlaBlaBla » va bien ambiancer la foule.

À l’inverse quel est le morceau qui pour vous a été le plus dur à écrire?

Traid : Généralement quand je suis à l’initiative d’un morceau c’est assez simple pour moi.

Yersa : moi je dirais l’intro parce que c’est un des rares morceaux du prochain projet sur lequel on fait du passe-passe. Sur les autres, on est encore sur des 16 mesures avec des ponts et des ambiances pour sortir du carcan classique. L’intro, pour le coup, a été écrite à deux de bout en bout, mot après mot, phase après phase. Et l’écrire c’est une chose, mais une fois que tu as posé ton 16, sortir quelque chose avec du liant, c’est le plus dur ! Pour moi, l’écriture à deux c’est le plus dur. Faire des 16 de son côté c’est beaucoup plus simple : tu es dans ta bulle, tu travailles le thème. À deux il faut faire énormément de concessions sur le choix des mots, le choix des flows.

Traid : Moi le passe-passe je ne l’avais véritablement jamais expérimenté. J’ai tendance à être très spontané, mais déjà, quand j’écris, je réfléchis au sens des mots. Il faut que je trouve le texte clair et limpide. Là, on avait trois Stabilos, un chacun et le Stabilo à deux. Et on réfléchit à ce qu’on dit en solo ou à deux. On a passé autant de temps à se demander qui va dire quoi que de temps à écrire. C’était cool, car inhabituel.

Pour clôturer l’interview, si on doit retenir une seule rime de vous ce serait laquelle? Et quels sont les prochains rendez-vous?

Traid : Je suis très nombriliste et j’ai écrit : « Le savoir est une arme et l’ignorance une guillotine ». Ça n’engage que moi et non Yersa, mais c’est la rime sur laquelle je finirai.

Côté projet, on l’a pratiquement fini. On bosse avec Aksang (découvrez l’interview du studio Homy Records) et on va faire des featuring avec des gars du coin qu’on aime beaucoup.

Yersa : Moi je dirais le refrain du morceau « Contrat » qui résume bien la passion qui nous anime. Ça dit « T’inquiète pas on fera avec ou sans contrat, la pente on la remontra, autant de galères qu’on se racontera, en riant, oui l’anonymat on l’affrontera en brillant, et tant pis si la gloire attendra ». En fait, comme on travaille à côté, on n’acceptera jamais le meilleur contrat du monde si on voit qu’il y a des concessions à faire sur ce qu’on a envie de dire et la manière dont on a envie de le dire. On préférera continuer à travailler à côté pour avoir la possibilité de dire les choses comme on veut les dires.

Depuis, Traid & Yersa sortent des freestyles et morceaux solos sur leur chaîne YouTube, une manière de nous faire patienter avant la sortie du projet :

Nous remercions les trois acolytes pour le temps qu’ils nous ont accordé et comme vous, nous attendons avec impatience ce futur projet.

CET ARTICLE A ÉTÉ RÉDIGÉ PAR :

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Léa Sapolin
Rédactrice en chef adjointe et webmaster du Magazine.
Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans.
Chargée de communication à mon compte et chef de projet Web à Oxatis.
Projet perso en cours : www.omega-13.fr

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