Il y a des artistes en qui on a confiance depuis longtemps. Qui se rappelle par exemple de la compilation «Don’t sleep» ? Pour ma part, j’avais à peine 14 ans et je découvrais Octobre rouge, Horseck ou encore Triptik grâce aux talents de Soon et de Djel.

Le rôle des Djs a toujours été primordial dans le HipHop, notamment dans sa diffusion. Aujourd’hui, le rap s’est diversifié et les artistes foisonnent. Mais comment faire le tri parmi cette multitude de bpm déversés de toute part ? Grâce à Dj Djel, c’est tout simple, il suffit de profiter de sa dernière mixtape (gratuite) « Qui prétend faire du rap français ? » pour sombrer dans l’effervescence d’un rap bouillonnant de talents, fidèle à l’esprit originel du HipHop tout en adoptant un style novateur et authentique.

« Qui prétend faire du rap français ? » est donc un cocktail d’artistes tels que Lacraps, Dooz Kawa, Bastard prod, Swift Guad, Davodka ou encore Demi Portion, finement assemblés par notre Diamond Cutter qui ne cesse de nous offrir des cadeaux musicaux à couper le souffle.

Et comme si cela ne suffisait pas, Djel, accompagné par Otake production et son acolyte Alban, nous ont concocté une soirée mémorable vendredi 1er février, au Molotov, à Marseille (Lien Facebook). Lors de cette soirée seront présents : Nem’s, PetitCopek, Adikson, Nefaste, Mudge Knight, La Chronik, Melan, Swift Guad.

En amont de l’événement, Dj Djel a accepté de répondre à nos questions.

Interview de Dj Djel:

Pour concevoir la mixtape « Qui prétend faire du rap Français ? » quelle est la recette que tu as utilisée, les ingrédients que tu as souhaité y ajouter ?

J’y ai mis des textes, du fond. J’ai lié l’ensemble avec un style de rap particulier. J’ai essayé à la fois de garder cette cuisine particulière, ce style d’une certaine époque, tout en la renouvelant grâce au choix des productions, des tracks.

Peux-tu nous raconter comment tu as procédé au choix des artistes et des morceaux ? Est-ce que qu’un fil d’Ariane t’a orienté dans le choix des différents thèmes abordés ?

Il y a un fil d’Ariane. Le but, dans le choix de ces morceaux, était de pouvoir avoir un effet boom-bap sans que cela ait un effet « Vieux », car généralement on néglige le boom-bap en disant que c’est à l’ancienne. C’est ce qu’il se dit. Les gens pensent qu’il n’y a que la trap. Le but était donc de prouver que « boom-bap » pouvait rimer avec « nouveau ». « Nid de renard », collectif de beatmakers avec lequel je travaille, utilise un terme que j’aime bien. Ils appellent ça la Boom-trap. Je trouve que cela réunit les deux genres. Ce sont des styles qui existent, mais il y en a d’autres qui vont arriver. Certains styles se bonifient, d’autres disparaissent. Moi j’ai essayé de montrer les valeurs du HipHop que j’ai connu dans ce qui se fait de nouveau.

Clip de Petitcopek, présent dans la Mixtape de DJ Djel et présent le jour de la release

On constate que ce projet est aussi un bel assemblage de beatmakers, est-ce que, lors de la sélection des morceaux, c’est quelque chose que tu as pris en compte ?

Non. La prod a évidemment été prise en compte, mais pas le beatmaker.

Ce n’est pas le nom qui m’intéressait, mais le travail. Le travail de beatmaking se ressent dès les premières notes. Sur ces titres, les prods m’ont touchées. C’est la musicalité du morceau qui primait, le texte et la musique plus que le nom ou la renommée.

Est-ce que cette sélection fait partie des morceaux que tu écoutes personnellement au quotidien ?

Oui, ce sont des titres que je peux écouter au quotidien sans problème. Je me retrouve dans ces morceaux parce que, justement, il y a le fond et la forme. Je ne vais pas dire que ce qui se fait de nouveau ne contient pas de texte, car il y en a, mais la façon d’écrire, de travailler le texte était importante lors de la sélection. C’est ce qui m’a touché. Je voulais que cela puisse me parler comme à une certaine époque, même si je n’aime pas dire ça.

Dernier morceau de Melan, présent dans la Mixtape de DJ Djel et présent le jour de la release

La Mixtape est un format que tu affectionnes. Pourrais-tu nous citer quelques-unes des mixtapes de rap français qui t’ont motivé initialement, au début de ton parcours ?

Il n’y avait pas de mixtapes de rap français au début de mon parcours. Il y en a une, c’est celle de Dj Mox. En gros c’est la première mixtape de rap marseillais. Mais avant ça, ce sont surtout des mixtapes d’artistes d’Outre-Atlantique qui m’ont touchées comme  Pf Cuttin, DJ Premier, Mister Cee. Ensuite il y a eu les mixtapes de Tony Touch qui m’ont beaucoup influencé. Après, en France, il y a eu Cut Killer, mais j’ai eu envie de me différencier, de créer un autre style de Mixtape.

Je t’ai entendu dire que Spotify et compagnie n’était pas idéal pour la diffusion de musique gratuite. Si tu pouvais créer la plateforme idéale, tu la verrais comment ?

Je ne suis pas fan de ces plateformes, car leur façon de redistribuer la musique me gêne, leur façon de spoiler l’artiste.

Je pense que je reverserais une somme dite « juste » aux artistes qui proposent des sons, aux producteurs, arrangeurs, MCs, musiciens, chanteurs, mixeurs, et mastering. Je choisirais aussi des modes de diffusion modernes. Et, dans un second temps seulement, je verrais comment me faire des tunes. Mais le plus important est que la redistribution soit équitable. C’est le nerf de la guerre. Si tu ne règles pas le nerf de la guerre, tu te prends le boomerang qui revient en pleine face.

Dans le titre du projet il y a « Vol.1 », tu as donc depuis le début pensé à un volume 2, la sélection est-elle déjà en cours ?

L’idée m’est venue après. Il y a vraiment beaucoup d’artistes très très forts, beaucoup de sorties tous les jours, beaucoup de titres qui peuvent devenir des classiques

Il y a des mixtapes d’autres styles à foison, mais très peu de mixtapes de rap français, encore moins avec un vrai concept, qui défend vraiment quelque chose. Il y a plus de mixes que de mixtapes d’ailleurs. Ce n’est pas aussi travaillé, il n’y a pas de vrai univers. Cela manquait au rap français.

En tant que Djs on est là pour promotionner la musique. Et promotionner la musique nous permet de nous mettre en avant. En choisissant de promotionner certains artistes, on politise un peu notre façon de faire le truc. Et on a tous une politique différente. Pour moi, l’art, ça reste de l’art, mais si tu le prostitues, tu le tues un peu quelque part. C’est ce qui est mauvais. À promotionner de piètres artistes, à trop vouloir être dans la tendance, on en vient à oublier ces artistes-là. On sait par exemple que le concept d’art contemporain fait en Chine avec tous les gros artistes, ne restera pas dans la mémoire du monde. On les aura oubliés dans quelques années. Dans ma façon de faire de l’art, on ne sort pas des projets parce qu’il faut les sortir, on ne produit pas pour imbiber une ligne de followers. Je défends ma vision et l’art comme je l’ai connu.

Dernier clip de La Chronik, présent dans la Mixtape de DJ Djel et présent le jour de la release

Pour en revenir à la sélection des artistes, est-ce qu’après coup tu as constaté que tu avais oublié des titres ? As-tu eu des regrets ?

Non, j’avais déjà fait quelques squelettes de cette mixtape, avec moins de morceaux, plus de morceaux. J’avais fait des essais et je me suis retrouvé avec un squelette d’une heure qui me parlait. En l’écoutant, l’heure passait tranquille. Les morceaux s’enchainaient bien, il y a avait une ambiance. Une fois que j’avais la couleur globale, j’ai ajouté les arrangements, les passes-passes, les animations, le tout pour mettre le travail des artistes en avant.

Vendredi 1er février, il y a la release party au Molotov, à Marseille. Peux-tu nous en dire plus ?

Concernant les artistes présents, cela s’est fait en fonction de la disponibilité de chacun. Évidemment tout le monde a une vie, des projets personnels comme professionnels. Sont venus ceux qui pouvaient se rendre sur Marseille ce soir-là. Avoir ces artistes pour présenter la mixtape c’est énorme !

Avec Otake, envisages-tu une série de plateaux-concerts similaires à celui-ci ou est-ce un one shot ?

Je pense que ce ne sera que du one shot. Le but était uniquement de présenter le produit à Marseille avec des artistes nationaux. Cela demande de l’organisation et de l’argent et on a d’autres projets. J’espère par contre que cela restera dans les annales du rap français et dans la tête des gens.

Après cet échange, l’impatience se fait déjà ressentir, après le Scred Festival qui vient de prendre fin, quoi de mieux que cette release pour rester dans le bain ? Croyez-nous, le premier février on sera de la partie. 

Cet article a été rédigé par :

Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans. Également CEO d'un projet innovant dédié au HipHop.

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