Du 25 au 27 juin 2026 au Théâtre Silvain, Au Large Festival installe trois soirées face à la mer avec Pomme, NTO, Kery James, Zélie, Ditter, Bonne Nuit, Tessina, Tifol et David Walters.

Quand Marseille baisse le volume sans perdre l’intensité

À Marseille, certains lieux suffisent déjà à déplacer l’écoute. Le Théâtre Silvain en fait partie. Accroché à la Corniche, ouvert sur le ciel et la mer, l’amphithéâtre donne aux concerts une couleur particulière : celle des soirs d’été où la musique arrive avec la lumière qui tombe.

Du 25 au 27 juin 2026, Au Large Festival y retrouvera son terrain de jeu pour trois soirées à taille humaine. On n’est pas ici dans le festival XXL, dans la course aux scènes ou dans l’expérience pensée pour se perdre. Au Large joue une autre partition : un cadre rare, une jauge plus humaine, une programmation construite au coup de cœur, et cette impression très marseillaise que la soirée commence vraiment quand la pierre se teinte d’ocre et que l’air salin rappelle qu’on est au bord de l’eau.

C’est peut-être ce qui donne au festival sa couleur particulière. Au Large a quelque chose de plus élégant, de plus posé, presque plus premium dans l’expérience. Pas au sens froid ou inaccessible du terme, mais dans sa manière de privilégier le confort du moment : venir tôt, s’installer, écouter, boire un verre, voir la nuit arriver, puis se laisser porter par les concerts. Un festival qui ne cherche pas forcément à écraser par la taille, mais à marquer par le lieu, l’atmosphère et la cohérence.

La Mesón, petit lieu et grands détours

Derrière Au Large, on retrouve La Mesón, salle de concerts, temple du flamenco, école de danse et maison musicale installée rue Consolat depuis vingt ans. Le lieu a toujours cultivé une forme d’hospitalité rare : une manière de faire de la musique un espace de rencontre, avec cette proximité entre artistes et public qui transforme parfois un concert en moment presque familial.

Cette identité se retrouve dans Au Large. Le festival ne semble pas pensé comme une simple affiche de saison, mais comme le prolongement d’un travail mené toute l’année autour des musiques vivantes, des scènes émergentes, des artistes confirmés et des croisements. Le résultat : une programmation qui ne s’enferme pas dans un style unique, mais préfère suivre des trajectoires, des voix, des énergies.

Pop, chanson, rap, techno mélodique, rock, électro folk afro-caribéenne, pop créole : l’édition 2026 dessine un parcours plus sensible que formaté. Elle ne cherche pas à parler à un seul public, mais à créer des passerelles entre plusieurs manières d’écouter.

Jeudi 25 juin : la pop en clair-obscur

La première soirée réunira Tessina, Zélie et Pomme. Une ouverture qui joue sur plusieurs nuances de la pop, entre fragilité, intensité et envolées plus célestes.

Avec Tessina, le festival donne d’abord une place à un duo marseillais dont l’univers semble fait pour le Théâtre Silvain. Chant, guitare, batterie, sonorités orientales, psychédélisme, folk et rock : le groupe avance dans une zone où les catégories deviennent vite secondaires. Leur sélection aux Inouïs du Printemps de Bourges confirme qu’il y a là une proposition à suivre, mais c’est surtout la promesse d’un concert capable d’ouvrir la soirée comme une traversée.

Zélie apportera une énergie plus frontale. Sa pop, intense et électronique, joue sur le contraste entre force et vulnérabilité. Il y a chez elle une manière de faire de l’intime un terrain physique, presque chorégraphié. Après une Cigale et un Olympia complets, son passage par Au Large devrait trouver un autre relief : moins celui de la grande salle, plus celui d’une proximité à ciel ouvert, face à un public installé dans l’écrin du Théâtre Silvain.

Puis Pomme viendra refermer la soirée avec cette façon bien à elle de rendre la chanson française à la fois délicate et tranchante. Depuis Saisons, l’artiste semble avoir trouvé un nouvel apaisement sans perdre la précision de son écriture. Après son apparition dans La Vénus d’Argent, sa collaboration avec Stromae sur Ma Meilleure Ennemie pour la série Arcane, et la sortie de Des excuses, Pomme poursuit une route où le folk organique rencontre une parole directe. Dans ce décor-là, sa musique pourrait gagner encore en silence autour d’elle.

Vendredi 26 juin : corps électriques et retour aux sources

Le vendredi 26 juin fera monter la tension avec Bonne Nuit, Ditter et NTO. Une soirée plus électrique, plus physique, où l’on devrait passer des synthés sombres au rock en mouvement, avant de finir dans la techno mélodique.

Bonne Nuit incarne cette pop électro new wave qui regarde le désordre du monde en face, mais refuse de rester immobile. Le duo parisien mélange synthés rugueux, textes en français, romantisme abîmé et urgence générationnelle. Avec plus de 80 concerts en à peine une année d’existence, une Boule Noire remplie en quelques semaines et un passage remarqué aux Trans Musicales de Rennes, Bonne Nuit arrive avec une réputation scénique déjà solide.

Ditter poursuivra dans une autre forme d’électricité. Le trio, lauréat du Prix Chorus 2025 et nommé aux Music Moves Europe Talent Awards, défend un rock organique, pop, punk, drôle, direct. Un son fait pour les corps autant que pour les refrains collectifs. Leur EP Cringe Is The New Sexy dit déjà quelque chose de leur posture : ne pas choisir entre l’énergie, l’humour, le cynisme et l’envie de brûler la scène comme un terrain de jeu.

NTO clôturera la soirée avec une dimension particulière. Fer de lance français de la techno mélodique, passé par Tomorrowland, Printworks, Sónar ou Dour, il revient ici jouer près de chez lui. Originaire de la région marseillaise, l’artiste a construit un son immédiatement reconnaissable, entre tension mélodique, montée progressive et sens du récit électronique. Après APNEA, ses millions de streams, puis Forever Friends, album conçu avec Sofiane Pamart autour de la fête comme lieu de rencontre et d’amitié, cette date à Au Large ressemble à un retour aux sources autant qu’à une célébration.

Samedi 27 juin : racines, groove et parole engagée

La dernière soirée réunira Tifol, David Walters et Kery James. Trois propositions différentes, mais traversées par une même idée de transmission : les héritages, les langues, les territoires, les récits que l’on porte avec soi.

Tifol ouvrira la soirée avec une pop créole qui relie Paris, Marseille et la Martinique. Le trio, composé de Marilou Gérard, Richard Gérard et Elisa Gérard, construit une musique hybride, entre chanson française, créole, reggae et bossa nova. Dans leurs textes, il est question d’amour, d’engagement, de métissage et de ce que l’on fabrique quand on vit entre plusieurs histoires. Leur single On Ramasse annonce un EP prévu pour l’été 2026, ce qui fait de cette date marseillaise un joli point d’étape.

David Walters prolongera cette circulation avec son électro folk afro-caribéenne. Son parcours a toujours semblé fait de voyages, de retours, de ponts entre les mondes. Après avoir longtemps arpenté la planète pour l’émission Les Nouveaux Explorateurs, il a construit un répertoire où les beats électroniques croisent la folk acoustique, les grooves créoles et une forme de spiritualité solaire. Avec Soleil Kreyol, puis Ti Love, album marqué par une rencontre avec Keziah Jones, David Walters continue de faire danser les racines sans les figer.

Puis Kery James fermera le festival avec une présence qui change forcément la densité d’une soirée. Depuis près de trente ans, il occupe une place majeure dans le rap français : celle d’une plume engagée, lucide, humaniste, capable de transformer la scène en espace de parole. Son parcours dépasse depuis longtemps la musique, avec le théâtre, le cinéma et la saga Banlieusards, mais c’est bien sur scène, entouré de quatre musiciens, que sa voix retrouve toute sa puissance. Avec R.A.P – Résistance Amour Poésie, sorti fin 2025, Kery James poursuit une œuvre où la colère ne va jamais sans exigence, ni l’engagement sans espoir.

Une expérience plus soignée que spectaculaire

Ce qui distingue Au Large, ce n’est pas seulement son affiche. C’est son rapport au temps. Les portes ouvrent à 18h, les concerts commencent à 19h, la soirée se termine à 23h30. Entre les deux : des DJ sets, des food trucks, un bar spécial summer, et cette possibilité assez rare de vivre un festival sans avoir l’impression de devoir courir après lui.

On pourrait parler d’un festival plus haut de gamme dans l’expérience : le cadre du Théâtre Silvain, la mer, le début d’été, une programmation resserrée, le confort d’une soirée construite autour d’un seul lieu. Mais Au Large garde aussi une dimension accessible et conviviale. Les billets regular sont annoncés à 37 euros, le pass trois jours à 90 euros, avec des tarifs réduits pour les bénéficiaires du RSA, les demandeurs d’emploi, des billets enfants et des billets solidaires avec Culture du Cœur et des associations partenaires.

Cet équilibre évite au festival de basculer dans le simple rendez-vous chic. Oui, le cadre est idyllique. Oui, l’expérience semble plus posée, plus élégante, plus confortable que celle de certains grands rassemblements. Mais l’esprit reste celui d’une maison musicale marseillaise : accueillir, mélanger, faire découvrir, créer de la proximité.

Au Large, ou l’art de commencer l’été

Au Large 2026 arrive avec une promesse simple : trois soirées pour entrer dans l’été par la musique. Pas besoin de surjouer l’événement. Le lieu fait déjà beaucoup, la programmation suit, et l’ensemble dessine une parenthèse qui correspond bien à Marseille quand elle sait se faire belle sans trop en faire.

On viendra peut-être pour Pomme, NTO ou Kery James. On repartira peut-être avec Tessina, Tifol, Bonne Nuit ou Ditter en tête. C’est souvent comme cela que les bons festivals fonctionnent : ils attirent avec des noms que l’on connaît, puis laissent de la place à ce que l’on n’avait pas prévu.

Du 25 au 27 juin, Au Large installera donc ses soirées au Théâtre Silvain avec cette idée assez simple et pourtant précieuse : écouter, danser, partager, regarder la nuit tomber et se rappeler qu’à Marseille, un concert peut parfois commencer avant même la première note.

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