Du 12 au 14 juin 2026, Marsatac revient au Parc Borély avec trois scènes, une programmation entre rap, musiques électroniques, dancehall et découvertes, mais aussi un Off pensé pour faire vivre le festival au-delà de son week-end principal.
Marsatac, un rendez-vous marseillais qui parle à la jeunesse
Il y a des festivals que l’on regarde comme de grandes machines. Puis il y a ceux que l’on retrouve comme des rendez-vous. À Marseille, Marsatac appartient plutôt à cette deuxième catégorie : un festival qui, édition après édition, continue de parler à une jeunesse qui passe du rap aux musiques électroniques sans demander l’autorisation à personne.
Du 12 au 14 juin 2026, Marsatac retrouvera le Parc Borély pour trois jours de concerts, de basses, de croisements et de chaleur collective. Le festival annonce une édition construite autour de trois scènes — Le Château, Le Calage et Le Virage — avec une programmation qui revendique son mélange : rap, club, dancehall, shatta, musiques caribéennes, sonorités méditerranéennes, bass music, house, techno, jersey, baltimore club ou encore dembow. Bref, tout ce qui fait aujourd’hui circuler les publics d’une scène à l’autre, d’un refrain à un drop, d’un pogo à un pas de danse. (Marsatac)
Marsatac n’est pas seulement un empilement de noms. C’est aussi une manière de penser la fête à Marseille : populaire, urbaine, jeune, traversée par plusieurs cultures musicales. Là où certains événements locaux assument une dimension très massive, presque hors norme, Marsatac garde une identité plus directement liée aux musiques actuelles et à cette génération qui écoute Niska, Théodora, disiz ou Meryl sans voir de contradiction entre rap, pop, dancehall et électronique.
Trois jours, trois scènes, plusieurs énergies
La programmation 2026 donne rapidement le ton. Le vendredi 12 juin, Marsatac ouvrira avec une soirée très rap, marquée par les présences de Niska, Meryl, La Mano 1.9, menace Santana, Ino Casablanca, La Rvfleuze, Huntrill ou encore Jeune Morty. Une première journée qui semble pensée comme une photographie d’un rap actuel : populaire, nerveux, multiple, capable de faire cohabiter poids lourds, nouvelles sensations et esthétiques plus sombres ou hybrides. (Marsatac)
Le samedi 13 juin devrait ouvrir davantage le spectre avec Théodora, disiz, ElGrandeToto, Bamby, P.L.L, THÉA, Juste Shani ou encore Kaba & Hyas. Là encore, Marsatac ne cherche pas vraiment à ranger les artistes dans des cases trop propres. On y retrouve des tubes, des couleurs dancehall, des sensibilités pop, des écritures rap et des propositions plus club. Ce qui compte, c’est moins l’étiquette que l’énergie produite une fois les artistes placés les uns à côté des autres. (Marsatac)
La nouveauté importante de cette édition, c’est aussi Le Calage, présenté comme une rencontre avec le cœur battant de la scène marseillaise. Cette scène doit mettre en avant celles et ceux qui font circuler les cultures club et les musiques urbaines dans la ville : shatta, dancehall, trap, brazilian funk, reggaeton, musiques ibériques, dub, techno, house ou bass music. Dans la programmation annoncée, on y retrouve notamment Kayla, Vybz All Stars, Entourage, Front Raw : Trap Party, Twerkistan, Pata Negra, WandaWitt, Carlala, Claude-Emmanuelle, DJ Sebb, Cagole Nomade, Feu Foulek ou encore Marsatac School. (Marsatac)
Le Calage, ou l’importance de ne pas regarder Marseille de loin
C’est sans doute l’un des points les plus intéressants de cette édition : Marsatac semble vouloir renforcer la place des scènes locales et des esthétiques qui vivent déjà dans les soirées, les collectifs, les lieux et les marges de la ville.
Le nom Le Calage dit quelque chose. Il y a l’idée de se poser, de prendre place, de faire exister un espace à soi. Dans un festival de cette taille, ce type de scène peut devenir autre chose qu’un simple complément de programmation. Elle peut servir de point de contact entre le grand format festivalier et ce qui se fabrique toute l’année à Marseille : des collectifs, des DJs, des artistes, des fêtes, des croisements entre cultures populaires et musiques électroniques.
C’est précisément là que Marsatac nous intéresse. Parce qu’un festival implanté à Marseille ne peut pas seulement inviter des têtes d’affiche et repartir. Il doit aussi, d’une manière ou d’une autre, regarder ce que la ville produit déjà. Le Calage semble aller dans ce sens : donner de la place à des scènes qui ne demandent pas forcément la validation des grands circuits pour exister, mais qui méritent d’être vues, entendues et documentées.
Le Off de Marsatac : faire vivre le festival avant et après Borély
L’autre élément important de cette édition 2026, c’est Le Off de Marsatac. Le festival ne se limite pas à trois jours au Parc Borély : il développe aussi une programmation parallèle, dans différents lieux de Marseille, avec des rendez-vous plus réguliers, parfois payants, parfois gratuits, construits sur de plus petites jauges. L’objectif annoncé est clair : renforcer le projet dans le temps et sur le territoire, avec une programmation alternative et complémentaire à celle du festival principal. (Marsatac)
Le Off est intéressant parce qu’il casse l’idée du festival comme simple parenthèse estivale. Au lieu d’arriver en juin, de concentrer toute l’attention sur un week-end, puis de disparaître, Marsatac cherche à multiplier les points de rencontre avec le public. Cela passe par des événements dans des lieux emblématiques, par des formats plus accessibles, mais aussi par une volonté de sortir du “tout numérique” pour recréer des moments physiques, incarnés, avec les communautés qui entourent le festival. (Marsatac)
Parmi les dates annoncées, Marsatac cite notamment Marsatac à la Citadelle de Marseille le 2 mai avec Fafi Abdel Nour, Soraya et Vassalo, Marsatac au Talus le 29 mai avec Divin0 et Trae Joly, ou encore une collaboration avec Les Plages Électroniques à la Vieille Charité le 5 juin, avec Marina Trench, Marina Rabita, Leyka, Tom Manzarek, OG Maxwell et Global Industrial Culture. (Marsatac)
Le programme du Off s’étend aussi autour du festival lui-même, avec des afters à Unité.22, un dimanche à Marsatac au Parc Borély, une date pour la Fête de la musique rue Consolat, des collaborations avec On Air à la Friche ou OPNR sur l’esplanade du J4, ainsi que d’autres rendez-vous dans la ville. (Marsatac)
Un festival dans la ville, pas seulement dans un parc
Ce développement du Off est peut-être ce qui raconte le mieux l’évolution de Marsatac. Le festival principal reste évidemment le point d’orgue, mais l’ensemble prend une dimension plus diffuse : Marsatac se déplace, investit différents lieux, propose d’autres formats, rencontre d’autres publics.
C’est une manière plus intéressante de penser un festival aujourd’hui. Pas uniquement comme une affiche, un site, des bracelets et des horaires de passage. Mais comme une présence culturelle qui circule dans la ville. Un événement qui ne parle pas seulement à celles et ceux qui peuvent acheter leur pass pour trois jours, mais qui essaie aussi de fabriquer des rendez-vous plus accessibles, plus localisés, plus proches des usages réels du public.
Dans une ville comme Marseille, cet aspect compte. Parce que les publics ne sont pas homogènes, parce que les lieux ne racontent pas tous la même chose, parce qu’un événement culturel peut vite se couper de son territoire s’il ne fait que concentrer la fête dans un espace unique. Avec le Off, Marsatac semble chercher autre chose : un maillage, une continuité, un rapport moins ponctuel à la scène locale.
Marsatac Agency : produire, accompagner, faire circuler les talents
Il faut aussi parler de Marsatac Agency, parce que c’est là que se joue une autre partie du travail autour du festival. L’agence présente ses missions autour du booking, de la programmation, de la production, de la promotion locale et du management. Elle met en avant un catalogue d’artistes émergents et confirmés, avec une attention particulière portée aux talents de Marseille et du Sud. (marsatac.agency)
Dans son roster, on retrouve notamment Jean-Paul Groove, Carlala, Filante, Anan, Claude-Emmanuelle, QU4DR4NT, Trae Joly, VOST, Violet Indigo, La Frappe, Moïse Turizer, Achim, Cagole Nomade, Abstraxion, Perlla & Schön Paul ou encore Kayla. Ce ne sont pas seulement des noms à ajouter dans une colonne “découvertes”. Ce sont des artistes et projets qui permettent de comprendre ce qui bouge dans le Sud : rap, club, rave, r’n’b, afro, reggaeton, baile, trap, cabaret queer, synthwave, post-punk… (marsatac.agency)
Marsatac Agency insiste aussi sur la production : mettre à disposition des moyens humains, techniques, artistiques et financiers pour permettre à des projets de spectacle d’exister dans de bonnes conditions. C’est un point important, parce qu’accompagner un artiste ne consiste pas seulement à lui trouver une date. Il s’agit aussi de l’aider à construire un live, à se projeter sur scène, à rendre son univers présentable à un public plus large. (marsatac.agency)
Et c’est exactement ce que l’on avait aimé dans les précédentes éditions : cette capacité à produire des moments, pas seulement à programmer des passages. Quand Marsatac Agency met en avant des talents marseillais, il y a quelque chose de plus stimulant qu’une simple caution locale. Il y a l’idée que Marseille possède déjà ses propres forces, ses sons, ses personnages, ses esthétiques, et qu’un festival comme Marsatac peut servir de caisse de résonance.
Pourquoi Marsatac nous intéresse encore
Chez Extended Player, ce qui nous donne envie de parler de Marsatac, ce n’est pas seulement la présence de grands noms sur l’affiche. Bien sûr, la programmation compte. Mais ce qui nous intéresse davantage, c’est ce que le festival permet d’observer : la manière dont une génération consomme la musique, la place du rap dans les grands événements, l’évolution des musiques électroniques, la circulation entre scènes populaires et scènes plus alternatives, et surtout la manière dont Marseille continue de produire ses propres formes.
Marsatac s’adresse clairement à un public jeune. Pas uniquement parce que sa programmation coche les bons noms du moment, mais parce que son énergie correspond à des usages actuels : passer d’un style à l’autre, ne pas hiérarchiser rap et club, chercher autant l’ambiance que le concert, vivre le festival comme un espace social autant que musical.
C’est aussi pour cela que l’on préfère regarder Marsatac autrement que comme une simple date dans l’agenda de juin. Le festival est un bon prétexte pour raconter la ville : ce qu’elle écoute, ce qu’elle danse, ce qu’elle produit, ce qu’elle transforme. Et quand un événement arrive à faire dialoguer têtes d’affiche, scènes locales, formats off et accompagnement d’artistes, il mérite qu’on prenne le temps de s’y arrêter.
Rendez-vous en juin
Marsatac 2026 aura donc lieu du 12 au 14 juin au Parc Borély, avec une édition qui s’annonce dense, jeune et traversée par plusieurs courants : rap, électro, dancehall, club, musiques caribéennes, scènes émergentes et talents marseillais.
On y viendra pour les concerts, évidemment. Mais aussi pour regarder ce qui se passe entre les scènes : les publics qui circulent, les artistes qui montent, les collectifs qui prennent de la place, les propositions locales qui trouvent un terrain plus large. Parce que c’est souvent là que les festivals deviennent intéressants : quand l’affiche dépasse le simple empilement de noms et commence à raconter quelque chose du territoire qui l’accueille.
© Crédit photo cover : ISIS MECHERAF
