De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

Etonnante vision, ou plutôt « visions ». Ian F. Svevonius fait partie de la scène rock alternative américaine, chanteur dans plusieurs groupes, dont Chain & The Gang et The Make-Up. Autant dire qu’il connait bien l’univers torturé du monde de la musique où, des tenants aux aboutissants, fourmillent des tonnes d’idées tenant le plus souvent du fantasme. Le meilleur moyen pour l’auteur d’éclaircir le sujet était de convoquer au maximum tous ceux qui étaient passé par le succès, afin d’obtenir les meilleurs réponses aux interrogations. Sauf que, purisme aidant, Svevonius exige des informations propres à l’histoire du rock. Pas celles de la répétition d’aujourd’hui, mais celles des origines. Le problème majeur à ce besoin d’éclaircissement étant que la plupart des héros visés ne sont plus de ce monde. Pas de soucis. Rien de tel qu’une sérieuse séance de spiritisme pour interpeler les « spectres venus de l’au-delà » et retranscrire dans la foulée les messages diffusés autrement que par des mots, donc non enregistrables (Brian Jones, Richard Berry, Mary Wells, Buddy Holly, Jim Morisson, et même Sir Paul Mc Cartney ?!, bien que toujours vivant). Mais il ne s’agit là que d’une mise en bouche introductive, car l’auteur va s’atteler à une véritable dissection des pourquoi et des comment, de tous les tenants et aboutissants possibles qui incitent d’une part à s’intéresser à la musique, puis à en faire, avec tout ce qu’il faut d’argumentaire pour mettre en œuvre des projets reposant sur… pas mal d’illusions. Une réflexion qui va tendre à démontrer tout particulièrement chaque revers de médaille à toutes les étapes constructives du groupe, de la décision d’en monter un, pour quel(s) objectif(s), comment choisir un nom, trouver les musiciens, un directeur artistique, comment faire face aux drogues, au sexe, quelle communication avoir. Pas loin d’être philosophique, les propos s’avèrent d’une sérieuse connivence avec le vécu, et d’une clairvoyance préventive, tout cela doublé d’un regard tenant compte de la jeune histoire du rock sans cesse repositionnée dans le contexte politique qui fut son berceau, puis son moteur influant quant à une créativité débridée, celle des années 60 et 70. L’auteur ne néglige aucun aspect en repositionnant de la sorte la musique, démontrant alors à quel point le rock a pu subir les effets du pouvoir en ne devenant plus qu’un pur et simple produit d’appel quasi exclusivement commercial. Il y a un avertissement, au début de cet ouvrage, qui dit que seul l’auteur partage ces opinions, mais qu’un jour, elles pourront être propagées et professées, que l’heure n’est pas encore venue. Peut-être bien que le rock est encore une fenêtre vers un espoir « hors-norme » permettant un semblant d’éloignement de l’ordre établi, mais pour quelle réelle satisfaction personnelle au bout du compte, et pour combien de temps ce leurre restera-t-il plausible ? A propos de la musique et du journalisme – de la critique très exactement –, il écrit : « … ce qu’est devenue cette forme d’art : un exercice futile qui se répète inlassablement, quelque chose de stérile et d’inepte à la fois ». Une clairvoyance très détaillée donc, qui se conclut sur ces mots, à propos de parvenir à monter un groupe : « Mais quoi que vous acheviez, il est plus que probable que vous n’en retiriez aucun profit. Et même lorsque vous aurez atteint l’excellence, le nombre infinitésimal de personnes qui vont le remarquer vous demanderont : « Et maintenant ? » ». Entre les lignes de Svevonius comprenons que la démarche artistique pure n’a plus de réalité objective visiblement possible, totalement détournée par les clichés et les rêves de paillettes savamment induits de façon subliminale dans une inflexible société de consommation, individualiste à l’extrême.

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