Avec une affiche aussi éclectique il aurait été difficile de ne pas trouver au moins une soirée à son goût. Pour une première visite au Jardin Sonore entre le 20 et le 23 juillet, pas moins que M, Synapson, Scylla, Orelsan, Francis Cabrel, Louane, Toto, Jeff Beck, pour les plus connus, et un plateau de choix pour des découvertes déjà bien repérées pour certaines, mais pas forcément du grand public : Bon Entendeur, Saskia, Bandit Bandit, Maxwell Farrington & Le Super Homard, Grande, Vaudou Game, Lucie Antunes : 25 noms au total sur l’affiche.

C’est exactement dans le domaine de Fontblanche de la ville de Vitrolles que se déroule le festival. Un accès plutôt facile qui met l’accent notamment sur l’accès aux personnes à mobilité réduite. Un espace convivial et naturel offrant au public la possibilité de passer de véritables moments de détente entre les concerts, en famille ou entre amis.

Et puis une organisation artistique qui déroule son programme sur trois scènes, Figuier, Bodega et Prairie, de quoi éviter toute perte de temps lors des changements de plateaux.

Pour nous – nous y sommes allés à trois – seule la soirée du mercredi 21 a été possible (une des trois qui nous passionnait). Arrivés malheureusement trop tard pour découvrir Poupie qui avait laissé un augure très positif suite à un passage entendu lors d’une émission de radio récente. Dommage ! C’est Scylla qui jouait, scène Figuier, lorsque nous sommes arrivés, dans une ambiance déjà bien surchauffée, public à bloc concentré sur le répertoire du bonhomme. L’artiste se cachant souvent le visage sous la serviette noire qu’il conservait autour de son cou, n’hésite jamais à introduire de quelques mots les titres qu’il va interpréter, quitte à s’excuser de « plomber l’ambiance » avec un morceau qu’il tenait à jouer ce soir, sur une mélodie pianistique toute en nuance. Public acquis quoiqu’il en soit. Fidèle à sa réputation de rappeur aux lyrics sombres et engagés, Scylla assure la donne sans jamais ternir la joie de ses auditeurs. Il avouera que « quels que soient les thèmes qu’il développe, toutes ses « chansons », dans le fond, parlent toutes d’amour ». Très bien joué !

Nous verrons une partie du set électro-hip-hop de Kayla, scène Bodega, puis assisterons au show de Luv Resval, scène Prairie, qui s’affirme avec une équipe de backers efficaces. Luv Resval démontre sa capacité à maintenir une tension toute en énergie, ce qui a été le plus bluffant, ou alors à entreprendre, pas loin du grand écart, des moments plus retenus, développés sous des atmosphères plutôt dansantes. Puis, après Orelsan, nous resterons un peu au très fort démarrage – très soul aussi – du set house de la DJ française Marina Trench. Sans que cela soit notre tasse de thé, dès son entrée en scène, on comprend que l’artiste en veut, que ça doit cartonner, et que le choix des vinyles ne sera surtout pas fait au hasard, en connaisseuse, évidemment, mais surtout, en maître du tempo, celui qui incite les jambes à ne jamais faiblir ni lâcher prise.

ORELSAN, bien sûr, celui que nous voulions voir impérativement ce soir. Et autant dire que celui qui a commencé en créant toute sorte de scandales ne nous inquiétait pas quant à sa capacité d’attaquant scénique, tellement d’eau ayant coulé sous les ponts depuis ses premiers atermoiements. Répertoire réussite, cinéma, clips… de la perfection assidue. Ce sera ainsi que démarrera le concert. Une ambiance de film de science-fiction, les étranges images de flamants roses piaffant dans un sombre tunnel bleu précédées d’éclairs d’orage, entre guerre des étoiles et Disneyland. Cet écran géant de découpe supérieure ovale sera l’écrin précieux de tout le concert. Orelsan n’a aucun besoin de forcer quoique ce soit pour obtenir la chaleur brûlante du public. Elle est acquise. La set-list est sans faille, nouveaux ou anciens titres se croiseront, toujours « présentés » par l’artiste qui recadre en fonction de l’époque et de son « état des lieux » d’alors. Captivant, car semblant véritablement sincère. Tout le monde reprendra en chœur le refrain de « La quête » dont les couplets seront accompagnés des très belles images du clip en pâte à modeler. Retour vers le passé avec des clins d’œil que tout le monde reprendra aussi à l’unisson. Jeu vidéo à la Street Fighter avec participation particulière demandée au public. Il faut dire qu’il s’agit là d’un véritable concert, comme cela pouvait être entendu avant l’avènement du rap, juste en ce sens que des musiciens sont là. Une batterie, Manu, du début à la fin, pas une boîte à rythmes, un multi instrumentiste (basse, guitare, claviers, vocoder), Elvis Purple, deux claviers, Phazz et Spread, mais aussi Ablaye, son manager, producteur, éditeur, ami, Orelsan n’hésitant jamais à les mettre en valeur pour un solo ou une partie spéciale. Mais surtout, une impression qu’il nous a présenté SA famille artistique, une équipe de fidèles depuis les tout débuts, plutôt touchant, inhabituel et très bienvenu. En plus, le dernier titre joué, avant celui de la présentation des musiciens, est accompagné d’un générique, comme au cinéma, débutant bien sûr par un « The End » évocateur. Toutes les personnes ayant participé de près ou de loin à l’aventure Orelsan jusqu’à aujourd’hui doivent à coup sûr y être. Chapeau !

Photo de couverture ©Arnaud Villenave

CET ARTICLE A ÉTÉ RÉDIGÉ PAR :

Marc Sapolin
De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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