Couv Ma drôle de guerre La Madeleine ProustPari pas évident que celui de retracer les premières années d’un personnage créé de toute pièce, qui plus est pour plonger dans une époque antérieure à celle de sa propre naissance. Le talent de Lola Sémonin tient dans l’art de l’écoute et de la collecte. Tout comme pour l’héroïne de ses pièces de théâtre en one-woman show, née au fil de moments passés avec des parents d’élèves du Haut-Doubs, alors que Lola, enseignante, suit en parallèle des cours d’art dramatique, les éléments qui ont servi à l’écriture de ce roman et du précédant sont le fruit d’intenses recherches, à base de rencontres. A vrai dire, certainement rien de ce qui est écrit ici n’est réelle fiction, hormis le fait qu’il ait fallu recréer les acteurs spécifiques pour raconter ces histoires. Chaque anecdote semble être le fruit de scènes vécues. D’ailleurs l’auteure avoue que parfois, des heures entières d’écoute, sans forcément grand intérêt, ont pu aboutir à l’énonciation d’un événement inattendu et fort, d’où la nécessité de ces séances. Ainsi l’enfance de la Madeleine Proust retrace-t-elle la véritable histoire d’une région, le Haut-Doubs, ici en pleine « drôle de guerre », celle dont on ne parle guère, sorte d’entre-deux, éloignée du front et des combats. La force du roman, truffé de détails, témoigne de la vie paysanne, de ses us et coutumes, accent compris. La vie quotidienne à la ferme lorsqu’il faut tout assurer en l’absence des hommes, appelés au service de la France. Cette drôle de guerre apparaît alors comme une parenthèse exotique, avec l’arrivée de soldats mobilisés sur le territoire frontalier. Ceux-là sont originaires de Bretagne, du sud de la France, de Paris. Les langages nouveaux étonnent puis séduisent. Les instants partagés dispensent le plus souvent joie et émotion, comme ce jour du cochon en plein hiver, véritable moment de fête. Du coup c’est une vision très différente de la guerre que l’on découvre au travers de ces pages. Evidemment, il s’agit d’une période courte, avant la débâcle, mais une période particulièrement intéressante à découvrir, ne serait- ce que pour le genre d’événements qui ont pu avoir lieu dans ces circonstances et généralement assez peu retracés dans les livres d’histoire. Et toutes les évocations, comme le mariage entre catholique et protestant qui a lieu en Suisse, par exemple, qui montre bien le poids de la religion sur le quotidien, ou les visions politiques, alors que les moyens de communication sont encore techniquement très limités, laissant place à un rythme informatif très dépendant du journal ou de la radio, dont très peu disposent. Aller chez les voisins pour écouter l’émission de chansons une fois par semaine est en soi une forme de bonheur. Le roman fourmille de mille détails, recréant à merveille la France de ces années-là, et plus précisément la Franche-Comté. Le roman avance jusqu’à l’arrivée des allemands sur le territoire, finalement occupé. On aura donc découvert le passage de l’enfance à la belle adolescence de la Madeleine, ses premiers émois alors qu’autour d’elle, discrètement, se positionne la Résistance, à laquelle, à sa façon, elle participe déjà. Rien d’autre que l’envie de poursuivre ces humaines aventures. Un grand bravo à l’auteure. Et vivement la suite. Ne manque plus qu’une adaptation cinématographique.

 

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Marc Sapolin
De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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