Raoul Sinier - Cover

 

Très loin d’être un nouveau venu dans la production discographique, Raoul Sinier – que nous ne connaissions pas à Extended Player -, propose ici un album pour la première fois entièrement en français. Et il s’agirait au moins de son huitième album. Quelque chose a immédiatement séduit dans son travail. Entrée en matière avec « Rêve de Chien » qui impose d’office une harmonie évolutive prenante au piano, mais aussitôt soutenue par une batterie (boite à rythmes) vite doublée de sonorités synthétiques volontairement saturées, créant une ambiance inhabituelle, avant que ne se pose un chant en équilibre médian. Le frottement très marqué des balais sur la caisse claire ajoute une couche d’aspérités accrocheuse à la composition. Il y a fréquemment quelque chose de pesant en fond, comme une ligne de basse sourde et exaspérée (instrumental « Entre les Crânes »), des accords de piano distincts qui martèlent plus légèrement, et des parties de batterie percussives qui s’exposent délurées et bouillantes. « Le Bar du Suicide » répond d’un principe identique, gérant différemment son empreinte pianistique, coulant en arpèges rapides comme un liquide, tout au fond d’une atmosphère précieuse. Il y a cette permanente compression solidifiant l’ensemble des titres, créant une matière âpre dans laquelle naît une hésitation particulière, où le sentiment sombrerait au plus profond d’une malsaine obscurité ou, au contraire, fixerait un point d’intense luminosité qui brille au loin. Hésitation due peut-être aussi au fait que la voix étant mixée tellement en arrière, on ne perçoit pas franchement les mots qui perdent ainsi de leur pouvoir. C’est le cas avec « Débris Humains » qui laisse sur sa faim à ce niveau, ou « Sculpture » et ses évocations que l’on aimerait plus nettes. Comme Raoul Sinier est un artiste pluridisciplinaire, ajoutant peinture et réalisation en cordes complémentaires à son arc, on peut penser que le mixage de ces œuvres est volontairement ainsi peaufiné ? Mais cela reste une question en suspens, donc un regret. L’autre point fort du projet – et qu’il ne faut pas manquer -, est visuel. Tous les clips de Raoul Sinier sont à voir.

 

 

Photo Raoul Sinier

CET ARTICLE A ÉTÉ RÉDIGÉ PAR :

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Marc Sapolin
De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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