Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans. Également CEO d'un projet innovant dédié au HipHop.

BigFlo & Oli, sans doute avez-vous déjà entendu parler de ces deux jeunes rappeurs qui arrivent à redorer l’image du rap auprès du grand public ?

Leur secret ? Des textes censés et sincères au cœur d’une musique qui porte bien son nom puisque les deux artistes composent bel et bien leurs morceaux et ont mis de côté le sampling, pourtant si spécifique au Hip-hop.

ExtendedPlayer est parti à la découverte de BigFlo & Oli lors de leur passage à la Fiesta des Suds, à Marseille le 15 octobre 2015. Une interview commune a été réalisée par Radio EMa, Radio Dynam’Hit, et ExtendedPlayer.

Radio EMA : Pour commencer, qui est BigFlo, qui est Oli ?

BigFlo : BigFlo c’est le mec le moins big du groupe, le mec avec la casquette, donc c’est moi. Et Oli c’est celui qui a le visage en forme de O. Voilà, c’est un bon moyen mnémotechnique.

Public La Provence : Comment créez-vous vos morceaux ? Combien de temps cela vous prend pour créer un titre et quelles sont vos sources d’inspirations ? Est-ce que c’est du vécu ?

BigFlo : C’est complètement aléatoire. Il y a des morceaux que l’on peut écrire en une nuit, d’une traite. Comme le morceau « Le Cordon », on a eu un flash et on l’a écrit de suite.

Oli : « Monsieur tout le monde » aussi

BigFlo : Et il y a des morceaux où on a passé des mois et des mois à les écrire. Et parfois c’est les morceaux qui ont l’air les plus simples qui nous ont pris le plus de temps. « Comme d’hab » et « Qui c’est ces deux-là » sont des morceaux qui nous ont pris la tête, des morceaux pour lesquels on a réécrit les couplets mille fois parce que l’on voulait que ce soit drôle. Alors que des morceaux qui peuvent paraitre plus compliqués comme « Le Cordon », ou « Monsieur tout le monde », c’est parti d’une traite. Il n’y a pas vraiment de règles.

Oli : En fait, le plus dur, dans les morceaux comme « Comme d’hab » c’est justement de faire croire que c’est simple. Parler de la vie de tous les jours c’est plus dur en fait que de s’inventer une histoire.

Public La Provence : Comment procédez-vous pour créer vos clips ?

BigFlo : Les clips, ça nous prend presque autant de temps que de créer un morceau. Nous on est vraiment à fond dans l’image, dans les clips depuis le début

Oli : Ouais tous les clips, tous les scénarios c’est Flo et moi qui les écrivons, on aime bien écrire les scénarios à deux.

BigFlo : En fait, en général, quand on écrit chez nous, il y a le clip qui se fait en même temps, on marche beaucoup à l’image. Souvent on écrit, on n’a même pas fini la chanson, et on se dit, « Ha ouais, là dans le clip il y aurait le mec qui arrive et tout… ». Et parfois ça nous aide même à finir d’écrire. On adore l’image, on est presque autant derrière la caméra que devant lorsqu’on fait un clip.

Extended Player : Et pour ce qui est des textes et des instrus, comment procédez-vous ?

BigFlo : On commence par l’instru. C’est moi qui compose. En fait, à la maison j’ai un piano et j’ai l’ordinateur, tout ça. Je fais des instrus et puis à un moment donné il y en a une qui va ressortir plus que les autres et on imagine un texte dessus.

Oli : Des fois il y a des accords ou un style de mélodie qui nous fait penser à l’histoire de quelqu’un, ou à certaines choses en particulier. Ça nous inspire des choses, on écoute beaucoup la musique, et à partir de là, dès qu’on a une petite base, direct on se met à écrire. Et ensuite on améliore la musique et les textes en même temps.

BigFlo : Mais il n’y a pas vraiment de règles là non plus. Par exemple pour « Le Cordon » c’est Oli qui est venu me voir un matin. Je n’étais pas réveillé. J’étais en train de manger mes céréales. Et il m’a dit « Et si on faisait un dialogue entre la projection de l’enfant qui n’est pas né et la mère ? ». De bon matin il me sort ça. Et je lui ai dit « Ouais vas-y » et le soir-même j’avais composé un petit truc. Et on a écrit par-dessus. Donc voilà. Mais en tout cas on écrit toujours sur une instru car on a besoin de la base rythmique pour savoir quel flow on va utiliser et comment le poser.

Oli : En tout cas, ça nous prend plus de temps que d’autres parce que comme on compose nous-mêmes l’album, on a autant de boulot musical que lyrical. On accorde de l’importance aux paroles, mais aussi beaucoup à la musique.

ExtendedPlayer : Comme avant vous faisiez du solfège, comment avez-vous réussi à fusionner votre musique avec les fondamentaux du rap, les sampling, etc. ?

BigFlo : Nous après honnêtement on n’utilise pas beaucoup le sampling. C’est que du joué, c’est que du composé. Nous on était autant passionné de rap que de notre instrument.

Oli : En sortant du solfège, BigFlo allait déjà faire des prods rap !

BigFlo : Ce n’est pas comme si on était au conservatoire depuis 5, 6 ans et que d’un coup on se disait « Et si on faisait du rap ? ». Non, on a toujours fait tout en même temps. Tout était toujours mélangé, ce n’était pas vraiment réfléchi. Quand je finissais mes cours de batterie, bah je lâchais un freestyle avec mes potes après. Tout a toujours été mélangé.

ExtendedPlayer : Et du coup sur scène vous avez un DJ, vous ne pouvez pas rapper et jouer ?

BigFlo : Non, non.

Oli : Sur scène il y a un DJ, mais tu verras, Flo joue du piano à un moment. Il y a un pote violoncelliste à nous qui joue sur tous les morceaux et qui alterne aussi avec une guitare. Moi je fais un solo de trompette. Il y a quand même cette petite partie de compositeurs qui est sur scène même si on ne peut pas tout faire en même temps. Cela serait très compliqué sinon.

BigFlo : On a toujours essayé de mélanger ça. Le côté musique, même si le rap est de la musique, mais le côté instruments live et rap. Parce que des fois tu vas a des concerts de rap et au final le mec il ne fait que passer des prods, il y a un peu de lumière et il rappe, et c’est un peu ennuyant. Nous on essaie d’intégrer de nouvelles choses.

Radio EMA : Est-ce que votre parcours d’ados a influencé votre choix d’être rappeurs et votre genre ?

BigFlo : Bah non parce que Oli s’est mis à rapper à 6 ans. Notre adolescence s’est faite avec le rap et ce n’est pas notre adolescence qui a fait le rap.

Oli : Après c’est vrai que je comprends ta question, c’est vrai que notre vie d’ado et de jeunes adultes influence notre musique.

BigFlo : Les paroles en tout cas. Mais comme on a eu une vie d’ado à peu près normale, au moment où on a commencé à faire des vrais morceaux, on s’est dit qu’on allait essayer de dire la vérité et pas de s’inventer une vie comme certains potes à nous. On a certains potes qui sont rappeurs, ils sont normaux, et dès qu’ils se mettent à rapper c’est « Nique ta mère, j’ai des trucs dans ma cave », mais non mec, tu habites chez tes parents. Oui on te voit tous les jours, pourquoi tu nous dis ça, pourquoi dès que tu rappes tu me mens comme ça !?

Oli : Et c’est pour ça que notre album est ennuyant !

BigFlo : Donc nous on s’est dit, on va raconter notre ennui, nos galères, même si parfois elles sont un peu nulles, parce qu’au final c’est des trucs qui touchent tout le monde.

Radio Dynam’Hit : Du coup vous partez d’un EP original « Le Trac » et d’un album « La cour des grands », comment s’est passée la transition entre rap freestyle entre potes et l’émergence de vrais projets, la scène, les studios, etc. ?

BigFlo : Là pareil c’est un peu nul encore, c’est la même chose, c’est toujours la même réponse. Il n’y a jamais eu de point de basculement. Tout s’est vraiment fait de manière naturelle. Il n’y a jamais eu un moment où l’on s’est dit, on va se mettre à rapper. Il n’y a jamais eu un moment où l’on s’est dit, on va faire du conservatoire. Il n’y a jamais eu un moment où l’on s’est dit, là on va faire un album. En fait dans notre album il y a des morceaux comme « Marco » qui ont été écrits à l’époque où on avait 14 ans. On les a juste remixés parce que c’était un peu faible.

Oli : Il y a des idées, qu’on a eu très jeunes et qu’on a mis de côté en se disant « Le jour où on fera un album on les mettra dedans»

BigFlo : En fait on attendait notre album même à l’époque où ce n’était que le début. Pour les premiers clips, on avait déjà l’idée de l’album, quels morceaux on allait mettre dedans. À 14 ans on parlait déjà de cet album, mais on attendait le bon moment pour le sortir.

Oli : En tout cas, on s’est servi des freestyles du EP dont tu parlais pour s’entrainer avant le vrai album.

BigFlo : On voulait sortir notre album au bon moment, on ne voulait pas le sortir dans le vide, le sortir quand on n’était pas encore prêt et le regretter après. Ça a vraiment muri et on a sorti l’album au bon moment.

ExtendedPlayer : Est-ce que les dispositifs, tels que le Fair, auxquels vous avez participé, vous ont aidé à être prêt pour l’album ?

BigFlo : Oui, ça aide pas mal, surtout pour les concerts, les festivals, etc.

Oli : Nous on a fait le chantier des Francos aussi. Ça nous a un peu aidés et ça aide beaucoup aussi les jeunes groupes qui le font. C’est un petit encadrement, des petits conseils de pros. C’est comme quand tu parles a un ancien de ton quartier, il te donne des petits conseils.

BigFlo : Après c’est plus des conseils professionnels. Quand on a été pris dans ces trucs-là, ça nous a carrément aidés oui.

Radio EMA : Et est-ce que vous auriez des conseils pour des jeunes qui se lancent ?

BigFlo : Si tu veux marcher dans le rap en 2015, faut avoir une Lamborghini, faire de la trap et avoir toujours le même flow, faire « tagadadatagadada… », ça marche ! (rires)

Oli : Si tu veux un conseil, je te dirais de ne vraiment pas lâcher, d’écrire, d’écrire, d’écrire, et de ne pas abandonner. Notre entourage nous prenait pour des fous, depuis tout petit on se disait, on va faire du rap, on va faire de la musique, on veut faire ça et rien d’autre. Et on n’a pas lâché. Il faut se donner vraiment.

BigFlo : Souvent je vois des rappeurs et des musiciens qui disent qu’ils font ça par passion, mais je vois bien qu’en sous-jacent c’est parce qu’ils veulent percer. Moi je pense qu’il faut faire de la musique déjà, faire ce que l’on kiffe, et si ça plait aux autres tant mieux. Penses à ceux qui t’écoutent aussi, mais ne fait pas ça dans l’espoir d’avoir plus de j’aime sur Instagram ou sur Facebook, ce n’est pas le délire.

Oli : En tout cas je pense, et mon frère sera d’accord, que l’écriture, ça aide beaucoup les gens. Donc il faut kiffer avant tout. Libères-toi en écrivant et après si tu peux faire un concert c’est cool.

BigFlo : Déjà nous ça nous a aidés. Moi si je n’avais pas eu le rap, il y a des moments vraiment difficiles de ma vie que je n’aurais pas pu supporter, je pense. C’est vraiment aussi pour toi que tu le fais.

Radio Dynam’Hit : Quelle est la combinaison parfaite pour ben sortir et kiffer entre potes ce soir à la Fiesta ?

BigFlo : Alors nous il faut savoir, encore une fois c’est pareil, que nos soirées sont nulles. Ce que l’on dit dans nos textes, c’est vraiment la vérité. Les gens ne nous croient pas, mais c’est vrai. Je n’arrête pas de dire que je ne bois pas et que je ne fume pas de weed, et les mecs quand même ils viennent me voir à la fin du concert, me propose un verre et je leur dis « Mais je ne bois pas », « Ha c’est vrai ce que tu dis dans tes sons ! », « Bah ouais ! ».

Oli : Nous on s’amuse avec un rien, on met du son et il suffit d’avoir le bon entourage, peu importe où tu es.

BigFlo : Souvent les gens s’imaginent qu’à la fin des concerts on fait des trucs de ouf et tout, mais là, ce soir par exemple, je sais très bien que ça va finir chacun dans sa chambre d’hôtel, à geeker sur Air Stone, ou (?! jeux cité mais nom incompréhensible, dsl). Je vais appeler ma meuf et jouer à ça, ce sera tranquille et ce sera parfait.

Oli : En plus on a souvent des concerts le lendemain donc on ne fait pas la fête de ouf.

BigFlo : Et puis on n’aime pas trop ça.

 

Radio EMA : Vous êtes deux, quel est le rôle de chacun ? Y-a-t’il un de vous plus dominant que l’autre par exemple ?

Oli : Mon frère c’est le chef du groupe, c’est un peu lui qui gère. Et c’est lui qui compose un maximum l’album et qui l’a pris en main et tout. Mais comme tous les chefs, il ne brille pas et me laisse… Non je déconne (rires).

BigFlo : En fait, on est vraiment complémentaires. Moi je suis très rationnel, je vais être dans les timing, alors que Oli va être plus dans le génie, dans la folie. Par exemple quand j’écris un texte et que je suis content lorsqu’il est fini. Il me dit, non non, double cette partie, double-la. Et moi je ne veux pas parce que c’est trop galère et il insiste. Par exemple, pour un morceau comme « Nous aussi », il m’a fait taffer, il m’a fait cravacher et il m’a presque frappé avec un t-shirt pour que j’écrive (rires). Donc on est assez complémentaires pour cette raison.

Radio Dynam’Hit : Est-ce que vous avez une petite phrase de votre dernier album qui peut retranscrire votre état d’esprit du moment ?

BigFlo : Moi je pense beaucoup à la première phrase de l’album « C’est l’histoire de deux frères qui écrivent dans leur chambre » parce que c’est vrai qu’en ce moment on a été disque d’or, on fait plein de concerts et c’est complet. C’est des trucs que l’on rêvait lorsqu’on était petit. Et là, de voir que cela arrive vraiment, c’est fou. Et en fait, on est encore dans notre chambre, donc je pense toujours à cette phrase. Au final rien n’a changé, et en même temps, il y a tout ça. Donc on a vraiment du mal à réaliser.

ExtendedPlayer : Vous disiez dans une autre interview que vous cochiez les cases de vos objectifs et de vos rêves au fur et à mesure que vous les accomplissez. Donc quels sont vos prochains objectifs et rêves, ceux qui ne sont pas encore accomplis ?

BigFlo : Bah déjà le prochain c’est d’être disque de platine. On n’espérait même pas avoir le disque d’or, mais maintenant qu’on l’a autant aller plus haut.

Oli : Et là on a une vraie et grosse tournée à partir de février et on souhaite que les gens kiffent vraiment, soient là et soient contents d’être là. Et aussi là on n’a pas de featuring sur l’album, mais sur le prochain, il y a des featurings de rêve que l’on souhaite avoir, comme Cabrel, des chanteurs, des musiciens, comme Chili Gonzales.

BigFlo : Et après, dans les rappeurs, y’a un groupe d’ici, IAM, si on arrive à les avoir je pense que je peux mourir vraiment tranquille !

Radio EMA : Et est-ce que vous vous attendiez à ce que ça marche ?

BigFlo : Bah, je t’avoue que quand on a fait ça c’était quand même dans l’espoir que ça marche. Quand on avait 10 ans on s’imaginait déjà dans notre petite salle de musique, on faisait comme s’il y avait un public, on était vraiment bizarre ! On espérait que ça marche, mais on ne s’attendait pas à ce que dès le premier album ça cartonne autant. Mais au-delà de ça, c’est surtout qu’on a vraiment du mal à réaliser ! On ne réalise vraiment pas. Dès fois on a l’impression de faire une première partie, j’ai envie de dire au public « Désolé c’est un peu long, mais le vrai artiste il arrive après ». Mais les gens ils sont là, ils ont les t-shirts BigFlo & Oli. Ils sont là pour nous, ils kiffent donc, vraiment, c’est bizarre pour nous.

Radio EMA : Et ça vous fait peur ?

En cœur : Peur non !

BigFlo : ça nous fait plaisir. Après c’est vrai qu’on reçoit certains messages sur Facebook qui font peur, vraiment des trucs trop abusés.

Oli : Cela ne nous fait pas peur, c’est un kiff total. Après nous on est assez conscient, on profite en fait.

BigFlo : J’entends pas mal les artistes se plaindre, j’en vois très vite désabusés. Par exemple, face à un buffet gratuit certains se plaignent, sont blasés, alors que nous on est toujours à fond, tout content ! On essaie de toujours garder cet émerveillement pour tout.

Oli : Il faut toujours être impressionné, et pour plein de choses dans la vie. Même quand tu vois tes potes tous les jours, il faut toujours être content. Il faut profiter de ces instants.

BigFlo : Notre mère nous rappelle tout le temps que ce qu’on vit n’est pas normal. Il ne faut jamais que l’on se lève un matin en se disant « ouais, aujourd’hui, concert devant 1000 personnes, c’est normal ! ». Il faut toujours se dire que c’est exceptionnel.

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