Coelho, Vanités

Il est 20h29, nous sommes au Moulin.

Les premières notes tombent, initiées par le DJ, ou plutôt par le beatmaker à en croire ses instruments. Un batteur le rejoint, suivi quelques minutes après d’un jeune homme vêtu d’une doudoune sans manche et d’une casquette noire. Il lâche ses premiers mots, posé, calmement. Son phrasé étonne, on ne s’y attendait pas. Le premier titre traite de la place de l’argent dans la société. Le refrain s’abstrait des rythmiques classiques du rap pour côtoyer celles d’autres styles. À la fin du premier morceau, le public applaudit, sans crier : l’audimat est à l’écoute et se laisse doucement convaincre.

 

L’artiste de 23 ans dispose d’une trentaine de minutes pour nous emporter dans son univers et nous présenter son deuxième opus « Vanités ». Au centre de la scène, il nous regarde posément, sûr de lui, et continue son répertoire. Contrairement à d’autres rappeurs, on ne perçoit pas de rage dans son attitude : cela maintient une ambiance presque étrange, puisque canalisée. D’un autre côté, ses refrains chantés entraînent. Le titre O.D. se fait remarquer : subtil mélange. La prod de « Ciment », quant à elle, séduit. « Vanités » fait son effet. L’artiste dispose d’une vraie identité.

À la fin de son intervention, on comprendra que la singularité de Coelho vaut sa signature sur le label de Tunisiano. On espère que les 23 premières parties qu’il aura faites avec Sniper lui auront permis de trouver son public. 

Sniper, personnalité suspecte

Puis, soudain, une voix grave que l’on connait bien s’élève : « C’est quoi ton blaze ? »

Ces simples mots créent des connexions neuronales inattendues : on se retrouve plongé à l’époque du lycée, lorsque le morceau « Panam All Stars » résonnait dans la cour et que tous les potes connaissaient le texte par cœur.

Sauf que là, on est fin 2018. Sniper a signé son retour avec « Personnalité suspecte vol.1 ». Difficile de penser que tant d’années ont passé et que le groupe ne s’est jamais produit à Marseille. C’est donc une grande première, et une grande dernière également puisque cette date vient clôturer leur tournée. Cela se sent d’ailleurs : on comprendra pendant le show que la voix de Blacko a atteint ses limites et que la bronchite l’a pris pour cible. Par chance, l’artiste en veut, il s’accroche à ses textes et finit par une mimique de douleur presque systématiquement. Ça sent la frustration, mais la volonté ne se laisse pas terrasser. Les gars sont des vieux de la veille, mêmes malades, ils savent faire le show et offrir au public ce qu’il est venu chercher : des morceaux interprétés avec poigne, des freestyles, des interactions, de l’humain, de l’humour.

Leur arrivée nous a mis en haleine. Trois lettres qui s’illuminent : S.N.I., un medley qui démarre, et les artistes qui finissent par apparaître lorsqu’un de leurs couplets phares retentit. Ils se sont fait attendre, on les a enfin devant nous ! Les trois gars n’ont pas vraiment changé : les dreads de Blacko sont plus longues, Tunisiano a pris du poids lui donnant un air plus doux, et Aketo a traversé le temps sans manifester de quelconque changement. Sniper est bel et bien de retour et garde cette belle composition d’artistes complémentaires qui lui a valu son succès.

Le premier titre c’est « Sniper processus », le second ? Un titre tiré du dernier album.

On les remercie : ils n’ont pas fait le choix de la facilité. Les moments bouillants du concert ne verront pas le jour uniquement grâce à leurs hits des temps décimés. « Personnalité suspecte » a toute sa place et, à notre grande surprise, sera même bien plus séduisant en live que sur CD. La plupart des parties autotunées ne le seront pas et l’énergie sera belle et nouvelle. « Sablier » fera bouger le public, « Adama » cogiter. D’ailleurs, c’est sur ce seul titre que notre reggaeman arrivera à pousser la voix, nous prouvant qu’il sait chanter, et sans fausses notes s’il vous plait ! Ensuite, on succombera de plaisir au moment où les trois énergumènes interprèteront « Le doigt là où ça fait mal », titre critiquant les déviances du rap actuel. Sur scène, Aketo, Tunisiano et Blacko enlèvent les artifices pour nous gratifier de concret. Ce sont des artistes de l’époque à laquelle on soignait ses lives presque plus que ses albums.

Bon, entendre les vieux titres, ça fait du bien aussi : « sans (re)Pères », « Trop vite », « Jeteur de pierre », « Y’a pas de mérite ». Ils nous les exhibent plutôt sous forme de medley, en alternant les duos, solos, titres énergiques ou tristes. Le tout agrémenté d’interludes pendant lesquels Macron se fera huer et les gilets jaunes acclamer. Sniper garde toujours cette flamme rebelle qu’on a partagé avec eux pendant notre adolescence. Cet esprit revendicateur est omniprésent, tant dans leurs textes que dans leurs personnalités, et concorde avec les actualités aux tournures mai 68.

Ce soir, on a grimpé dans leur monde, découvrant et redécouvrant un cocktail de titres toujours conçus pour séduire le grand public, en gardant sincérité et valeurs au sein des lyrics. Sniper n’a peut-être pas fait le choix de ravir les puristes en intégrant les nouveaux codes du HipHop, mais a su transposer son style tout en gardant la même âme. 

Que l’on aime ou pas l’album « Personnalité suspecte », on repart tous avec le sourire. Ce soir, Sniper nous a rappelé « Que la vie est belle » et que « Ça ne s’écrit pas V.I.H. » !

Nous remercions Pierre de l’Affranchi pour l’invitation.

Cet article a été rédigé par :

Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans. Également CEO d'un projet innovant dédié au HipHop.

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