Impossible de ne pas penser à Alain Bashung à l’écoute de cet album, sur bien des points, même si l’on sait que cela dérange certains fans. Un style singulier, exigeant et maîtrisé, porté par un chant posé, déterminé, sec et brut. Des mots sélectionnés sur le volet, comme une recherche d’épure qui donnerait non pas un, mais plusieurs sens. Une porte à toute liberté d’interprétation, même si l’on sent bien que rien n’est laissé au hasard, qu’il n’y a ici aucun cheveu sur la soupe. C’est le mystère et la personnalité de Bertrand Belin – qui est aussi auteur, son troisième roman parait simultanément à l’album -, justifiant cet amour des mots. A première écoute, la lenteur générale laisse planer un doute sur la dynamique impassible de l’artiste dont les qualités admirables de guitariste sont sans ambiguïté, d’autant que « Bec », en première position sur cet album, semble avancer d’abord les synthés, ambiants et planants, sans forcer le paysage de parties de six cordes délectables, qui, le plus souvent, restent mixées légèrement en arrière. C’est le cas sur « Bronze », dont la courte ligne mélodique de piano, en médium-basse appuyée, tournant comme un mantra, impose d’entrée un charme saisissant qui s’imposera tout au long de cette magnifique chanson. C’est ainsi que la musique de Bertrand Belin agrippe en profondeur, happant un peu plus intensément à chaque nouvelle écoute quelque chose au niveau des tripes. Même genre de cadence pour « Choses Nouvelles » construit sur une ligne de basse séquencée. Le minimalisme général n’est qu’une apparence. Si la batterie lie l’ensemble en toute simplicité, l’équilibre entre claviers recherchés et guitares subtiles joue en délicatesse le dosage exact nécessaire au transport du verbe. Mots et musique se complètent à l’abri de fioritures superflues et stériles (« Sous Les Lilas », « Sur Le Cul » – on pourrait citer tous les titres de l’album tant il répond à une parfaite unité). Il en va de même pour l’instrumental « Vertical (Dindon) » qui s’intègre parfaitement au track-listing de ce disque. Alors, pour revenir à cette comparaison artistique énoncée en début de chronique, ajoutons aussi une filiation Rodolphe Burger, pour convenir d’une couche supplémentaire quant aux exigences artistiques sans concession, consistant à formaliser une hyper créativité charnelle, intuitive et affective, à même de rendre indispensable ce répertoire inédit. Ou comment ces « Nuits Bleues », pour ne citer qu’elles, deviennent, au fil des écoutes, un point de non-retour, alors qu’émotionnellement, on touche au nirvana.

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