Celle qui jouait dans les bars seule avec sa guitare et savait se faire entendre malgré le brouhaha grâce à son imposante façon de donner le tempo avec une grosse caisse jouée au pied a fait depuis bien du chemin. On avait rencontré Sophie pour une première interview Place de la Nation, à Paris, dans un café au nom prometteur, Le Triomphe. A l’époque, les années 90, le magazine était au format papier et s’appelait StandardS, l’Aventurier multimusiques. Plus de vingt ans après, la marseillaise se porte toujours aussi bien, livrant ses neuf nouvelles chansons dans un très bel album bleu qui ressemble à un livre. On ne va pas parler ici de maturité. Cette dernière n’est pas nouvelle chez l’artiste. On ne peut pas non plus vraiment parler de bilan. Mais il y a quelque chose de fort qui s’impose, comme une forme de sagesse, de philosophie positive, bien que le titre éponyme, « Cet Instant » reflète, dans une diction très rap, cette inquiétude du temps qui passe et de la jeunesse qui s’enfuit, de la peur d’affronter le miroir, puis les autres.  Pourtant, la chanson précédente assumait en disant « Alors le temps Ne nous a pas trahis ». La différence entre le corps et l’esprit ! La page blanche qui suit, dure quatre minutes vingt-six. Instrumental au piano joué par Sophie. Comme une nostalgie, un moment intime et profond (« Huis Clos »). Sur ce disque, si elle a tout composé, elle ne jouera qu’à deux reprises, uniquement du piano. Une première fois sur « Tu Ne Me Reconnais Pas ». Et c’est bien sur la gravité de notes suspendues de piano sur fond de cordes que débute l’album, avec cette chanson qui dit tout : « Une vie on n’en a qu’une, Toi et moi prenons-en soin ». Les chansons sont très belles. Les textes forment un tout, comme si « Cet Instant » était la « Fantaisie Militaire » de La Grande Sophie. Les amours écartelés, le temps qui passe, l’envie de tout recommencer, tellement de questions. Parfaite « Où Vont Les Mots ». Sublime « Hier ». Des arrangements au cordeau magnifiant la tristesse en mélancolie heureuse. Pourtant, et heureusement, aucun parfum dépressif ne se dégage de cet album. Bien au contraire. « Missive » démontre que l’esprit élevé dans le rock reste bien présent. Juste une conséquente lucidité apte à reprendre le dessus, garder toujours ce cap créatif et bien vivant. C’est ce que l’on ressent tout du long de ce disque qui, paradoxalement, se termine a capella avec un « Sur La Pointe Des Pieds » dont la dernière phrase infirme le propos de cette chronique : « Quelque chose en vous Me rappelle que j’ai été Quelque chose qui ne reviendra jamais. »  C’est l’adulte qui a parlé. Est-ce négatif de changer ? Maturité ou bilan, peut-être. Parlons plutôt de virage. La clé n’est pas très loin. On la trouve dans « Hier » : « Demain me permet de croire à autre chose Demain un nouveau départ si j’ose. » Un nouveau regard sur l’imposante Grande Sophie. Immense respect !

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De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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