LE disque qui va rester comme une référence. Mark Lanegan, dont le passé avec Screaming Trees est déjà en soi une référence, réussi aujourd’hui l’émulsion parfaite entre new et cold wave, pré-punk-grunge et électro, avec une profondeur apte à restituer les secrets de l’âme. Aussi présent vocalement que Johnny Cash a su l’être dans toutes ses ambitions musicales, offrant toujours ce petit plus inédit que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Pour Mark Lanegan, c’est tout pareil. Une voix posée, vibrant parfois sur des accents proches des intonations propres à David Bowie (« Gazing From The Shore »), mais le plus souvent jouant d’une gravité toute personnelle, et du coup très identifiable, qui exprime autant une volonté rassurante avec une assurance doublée parfois d’une forme de douceur hyper bienvenue dans ce registre (« Paper Hat »). La première partie de l’album est très portée sur les guitares avec un son pas très éloigné de celui de Joy Division (« Letter Never Sent », « Disbelief Suspension »). Le groupe de Ian Curtis est une référence pour Lanegan. Son « Playing Nero » en est une belle allusion, avec l’entrée en scène des synthés. Un compromis entre le titre « Atmosphere » de Joy pour les synthés et l’ambiance et « La Folie » des Stranglers pour la partie de basse à la sonorité identifiable. New Order pourrait être l’autre référence pour le penchant plus électro qui s’exprime ici avec « Penthouse High ». Il faut imaginer – écouter c’est plus facile – ces quatorze titres savamment orchestrés qui forment un tout compact impressionnant et essentiel. De ces guitares qui se compressent dans des jeux accrocheurs, aux claviers ajoutant d’ensorcelantes nappes ambiantes (« War Horse »), sur des rythmes concentrés où la batterie se fait imposante et la basse parfois fantasmatique (« Name And Number »). Point d’orgue pour nous quitter, Mark Lanegan écrit et met en scène un sublime « Two Bells Ringing At Once » que l’on n’est pas prêt de laisser filer aux oubliettes. Celui qui fonda le groupe The Jury, à ses tout débuts, en 1989, avec Kurt Cobain et Krist Novoselic, avant Nirvana et Screaming Trees, dont il fut le héros, peut désormais faire partie lui aussi de la grande histoire du R.O.C.K.

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