Samedi 27 juin, Au Large Festival clôturait sa 6e édition au Théâtre Silvain avec Gaël Faye, David Walters, Tifol et Big Buddha. Une soirée douce, familiale, engagée et très marseillaise, entre parking à vélos saturé, softs dévalisés, coucher d’été et public prêt à finir les pieds dans l’eau.

Arriver à Au Large Festival un samedi soir, c’est déjà comprendre quelque chose de Marseille quand elle décide de bien faire les choses. À 20h, le Théâtre Silvain continuait d’absorber un flux dense de festivaliers, venus en nombre pour cette dernière soirée de la 6e édition, programmée du 25 au 27 juin sur la Corniche Kennedy. Sur l’affiche du samedi : Gaël Faye, David Walters, Tifol et Big Buddha, après le remplacement de Kery James, contraint d’annuler sa tournée estivale.

Premier signe que la soirée avait quelque chose de particulier : le parking vélo débordait. Une image simple, presque anecdotique, mais qui raconte bien l’ambiance d’Au Large. Ici, on vient à deux-roues, en bande, en couple, parfois avec les enfants, avec cette impression de festival à taille humaine où l’on croise moins la foule surexcitée des très grands rendez-vous que des trentenaires, quarantenaires et cinquantenaires venus profiter d’un concert sans sacrifier leur confort, ni leur soirée d’été.

Le festival l’a d’ailleurs bien compris : l’événement reste pensé pour les familles, avec un tarif spécial enfant sur demande, la gratuité pour les moins de 7 ans et une éligibilité au Pass Culture pour les 15-18 ans. De quoi permettre aux parents de sortir sans que la logistique familiale ne devienne un frein.

À notre arrivée, David Walters était sur scène. La foule dansait déjà, portée par ce mélange de chaleur, de relâchement et de joie qui signe les bons débuts de soirée. L’artiste, explorateur de sons afro-caribéens et électroniques, a offert un set lumineux, prolongé par un moment plus visuel lorsqu’il a invité sur scène un danseur et chorégraphe présent à Marseille, aperçu dans l’un de ses clips. Tenue soignée, présence magnétique : les deux nous en ont mis plein la vue. Même sans être venu spécialement pour lui, difficile de ne pas se laisser attraper.

On a manqué Tifol, programmé plus tôt dans la soirée, mais sa présence disait déjà quelque chose de l’identité d’Au Large : une programmation qui prend le risque de faire cohabiter artistes installés, projets émergents et esthétiques moins balisées. Tifol, trio lié à Paris, Marseille et la Martinique, défend une chanson nourrie de créole, de poésie et d’engagement. Cette ligne colle à l’ADN de La Mesón, structure marseillaise derrière Au Large, connue pour son travail autour de la scène émergente et confirmée, des concerts intimistes, des résidences et de la production d’événements.

Entre les concerts, Big Buddha assurait les changements de plateau en musique. Positionné sur le côté, pas forcément très mis en avant, il avait pourtant un rôle essentiel : éviter les temps morts, garder le public en mouvement, maintenir cette impression que la soirée ne s’interrompt jamais vraiment. C’est souvent dans ces détails que l’on reconnaît les festivals bien pensés.

Et puis Gaël Faye est arrivé. On sentait qu’une grande partie du public était venue pour lui. Son concert a commencé en douceur, entre rap, slam, chanson et parole engagée. Rien de forcé, rien de démonstratif : Gaël Faye avance par nuances, par textes, par images. Sur scène, il était accompagné par des musiciens solides et des choristes impressionnant.e.s, capables de donner une ampleur presque gospel à certains passages, sans jamais écraser la voix ni le propos.

Le propos, justement, était au centre. Gaël Faye a parlé de la Méditerranée, du vivre-ensemble, d’amour, d’exil, de ce qui nous relie quand tout semble fait pour nous séparer. Il a aussi adressé une dédicace à SOS Méditerranée, engagement qui n’a rien d’opportuniste : l’artiste soutient l’association depuis plusieurs années.

Dans ce cadre-là, au Théâtre Silvain, face à une mer que l’on devine autant qu’on la sent, ces mots prenaient une résonance particulière. Au Large n’est pas un festival militant au sens strict, mais il laisse la place à des artistes qui portent quelque chose de plus grand qu’un simple tour de chant. Et c’est peut-être ce qui explique cette écoute attentive du public, même dans un contexte aussi détendu.

Le plus beau moment de la soirée restera Respire. Parce que le titre porte déjà en lui cette injonction simple et nécessaire, mais aussi parce qu’il trouvait ici un décor parfait : l’air marin, la chaleur qui retombe, les corps qui se relâchent, les voix qui montent, la ville derrière et la mer devant. Gaël Faye décrivait ce morceau comme une chanson sur la course folle de nos vies modernes, avant le besoin de “respirer à nouveau”. Samedi soir, cette respiration était collective.

Côté organisation, Au Large garde ce charme des festivals où l’on sent que tout se joue dans l’équilibre. Il y avait des food trucks, des bars, des stands, de la prévention, des consignes et cette attention au lieu, le Théâtre Silvain étant rappelé comme un écrin de verdure à deux pas de la mer. Il y avait aussi, détail très parlant, quelqu’un qui passait dans la foule et les files d’attente avec un brumisateur. Et puis il y a eu cette scène presque drôle : les softs épuisés dans les deux bars. Les bières pouvaient attendre, visiblement Marseille voulait s’hydrater.

Au Large coche finalement une case assez rare dans le paysage local : un festival musicalement exigeant, familial, mais pas tiède ; tranquille, mais jamais mou. Là où d’autres rendez-vous misent sur l’intensité, lui joue la carte du début d’été, du bord de mer, de la fête qui ne déborde pas trop tard. Les portes ouvraient à 18h00 et la soirée gardait ce format qui permet, à 23h passées, de prolonger autrement. À Marseille, cela veut souvent dire une chose : descendre vers l’eau et finir en baignade.

Au Large Festival était donc à la hauteur des attentes : une programmation riche, variée, toujours qualitative, portée par un cadre difficile à concurrencer et par une ambiance que l’on ne fabrique pas artificiellement. On peut aimer ou non tous les styles proposés, mais on ne peut pas retirer au festival cette cohérence : celle de défendre des artistes solides, des propositions sincères et des soirées où Marseille ressemble à ce qu’elle sait faire de mieux.

Samedi soir, Gaël Faye a demandé au Théâtre Silvain de respirer. Et, pendant quelques minutes, tout le monde l’a fait.

 
 

 

 

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