Calme et tranquille, disons serein. Dix chansons débutant par « Les Jours Heureux », comme si elle y était. Alors que l’ensemble du disque apparaît comme conceptuel. Un disque autour de l’amour. Des regrets, des amours manqués, de l’infidélité, une volonté de conserver les belles images, de ne jamais oublier même si le lien est rompu. Keren Ann chante tout en français cette fois. Egérie souvent comparée à Françoise Hardy, elle ne craint plus d’exposer les facettes opposées de sa personne, reconnaissant des erreurs (« Ton Île Prison »), cherchant à comprendre dans un élan de nostalgie grandiosement orchestrée. A cela elle avait habitué son public. Ici les arrangements de cordes, signés Maxime Moston, imposent une grandiloquence parfaitement de mise. Keren An livre son âme à la poésie musicale. Elle a écrit quasiment toutes les paroles et les musiques, aidée juste pour quelques titres par Doriand. C’est comme un spleen aux humeurs symboliquement aquatiques (« Nager La Nuit », « Le Fleuve Doux », « Sous L’Eau «  et même « Ton Île Prison »). Une recherche du bonheur sentimental appuyé sur des instants : « Le Goût Etait Acide » (« c’était un instant Presque pur presque limpide Nous étions au deuxième rang » en madeleine de Proust, avec cette porte toujours ouverte à l’autre, « Y a-t-il vraiment un plan Qui pourrait te satisfaire ? Je veux le premier rang ». La question reste en suspens pourtant tout du long : « Mais en cherchant parmi les revenants J’ai l’impression de toujours voir Les mêmes personnes Dans des corps différents » (« Odessa, Odyssée »). Point d’orgue avec « Le Goût De L’Inachevé », chanté en duo avec… David Byrne : « Si vous étiez ma femme Je mettrais du poison dans votre verre Si vous étiez ma femme Je le boirais… Seuls les amants de romans Savent mourir en beauté D’un amour impossible Au goût d’inachevé ». Keren Ann est ici intemporelle et céleste, à l’intérieur et au-dessus. Âme et rêverie portés par la finesse d’une musicalité toute en précision, et tellement communicative.

Keren Ann et David Byrne
photo : Nicholas Laclair

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