Aurélien Delsaux - Madame Diogène - couverture 2S’il fallait juste résumer ce roman, rien de bien palpitant n’en sortirait. Pourtant, de cet enfermement volontaire ressort une trame romanesque inédite. Comment un auteur pouvait, de si peu, tenir la distance d’un roman ? L’utilisation des mots, le jonglage des phrases en renvoi d’images, le cumul minoré de micro événements. Un style qui contribue à donner un véritable corps à cette « Madame Diogène », titre symbole plutôt que véritable nom, car la vieille dame a bien cumulé une multitude d’objets, de papiers, à en emplir son appartement transformé en sorte de repaire à rats (sans rats), où tout parait en décomposition. Si le lecteur bénéficiait de la puanteur sous-entendue, le travail d’Aurélien Delsaux serait illisible. Sans l’odeur nauséabonde, c’est tout un univers que l’on imagine bien pourtant faire partie des réalités du monde. Il doit exister de tels personnages vivant dans ce qui doit paraitre aux communs des mortels comme une forme d’enfer. Mais Madame Diogène ne fait pas que ramper dans  ses galeries, elle observe, de ses fenêtres, le monde au dehors, ses éboueurs notamment. Elle écoute les voisins, leurs râles, leur stupeur à son égard, et leur colère. Elle se doute bien qu’elle ne peut plus aller très loin dans cette déchéance et qu’une heure fatale va sonner, que quelqu’un viendra mettre fin à son « choix de vie », même si elle parvient encore à recevoir, en entrouvrant sa porte, l’assistante sociale qui passe de temps en temps. Elle peut tenir grâce aux quelques victuailles qu’on lui livre avec une certaine régularité et qu’elle sait très bien faire durer, quitte à dévorer du papier. L’auteur fait de cette vieille dame le témoin d’un monde en décomposition, à l’image d’une société de futilité qui se meurt. Qui se meurt, mais qui n’en finit plus d’aller au-delà des limites imaginables. Madame Diogène montre cette capacité de résistance insoupçonnée qui est en l’humain, donnant matière à réflexion, surtout pour se poser la question de savoir jusqu’où nous sommes capables de surmonter et d’affronter ce qui peut logiquement paraître inacceptable. Le monde dans lequel nous vivons. L’état de ce monde.PREMIERS ROMANS

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Marc Sapolin
De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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