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« Temptation », ouverture format grands espaces, façon Ry Cooder sur la guitare des Shadows. Un peu abrupte comme comparaison, car le propos de Micah P. Hinson semble grave sur cet étrange album. L’instrumental en première plage donne le ton général d’un disque conçu comme un folk opéra moderne concentré sur l’histoire d’une famille en temps de guerre. Cela expliquant le choix de la gravité ambiante. Celle-ci se décline sur des titres aux tempos moyens, orchestrés sobrement, sur laquelle une voix profonde intensifie les propos, à la manière d’un Johnny Cash sur le country « Lover’s Lane ». La guitare mène le plus souvent le jeu, habillée de nappes synthétiques analogiques chères au compositeur. Ces mêmes synthés analogiques qui, sur un fond discret de piano qu’alanguissent de fermes lignes de violoncelle (l’instrumental « The Years Tire On »), enfoncent le clou d’une majestueuse pesanteur (« The Holy Strangers »). « Micah Book One », en milieu d’album, capte l’attention, tout du long de ses sept minutes trente où le chanteur se met en mode « spoken word », posant ses mots rythmés par la frappe d’une touche d’une ancienne machine à écrire – c’est en tout cas ce qu’évoque le son percutant et récurrent dans cette instrumentation circonscrite. L’enchaînement avec « The War » se fait dans la continuité sonore, assise sur la lenteur d’un tempo marquant une marche instrumentale à la froideur nuancée. « The Darling », titre chanté, développe un esprit devenu formellement identifiable, ne serait-ce que par le traitement des vocaux superposés sonnant saisissants et mystérieux. Une mise en résonance qui finit par faire passer « The Awakening », autre instrumental retenu, pour une musique de fête, un titre joyeux. Cela en raison des synthés, encore eux, apportant une chaleur inédite, là où l’obscurité semblait avoir pris le dessus. Une  musique contemplative, que l’on peut écouter dans le noir total, mais pas que, puisque Micah P. Hinson a la faculté d’éclaircir, par ses arrangements lumineux, ses plus ténébreuses atmosphères musicales. « The Holy Strangers » est un album à part, inclassable et bienvenu, démontrant que toutes les rêveries ont une place dans l’imaginaire artistique, même si parfois, le cauchemar est à portée de main.

 

 

 

 

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Marc Sapolin
De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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