Comme pour Le Soldat Rose où l’on parle plus facilement de Louis Chédid, musicien, que de Jean-Louis Borgeaud, parolier, ici on mettra plus volontiers Philippe Djian en avant que Jean-Philippe Payraud. Tout ce qui a trait aux médias est ainsi traité. Mais fi de ce feu de paille, dans les deux cas, l’un sans l’autre présenterait beaucoup moins d’intérêt sur ces projets. Philippe Djian scénarise un thème qui lui est cher. Celui des rapports compliqués du couple, vu de l’œil de l’homme. Et Jean-Philippe Payraud de parvenir à donner graphiquement une dimension pleine à cette réflexion, provoquant par le coup de crayon l’émotion à fleur de peau. Comme au cinéma, l’observation devient visuelle. Si le contraire paraitrait être un contresens, comparons à la musique et au pouvoir qu’elle ajoute aux mots (quand c’est bien fait !) Pour « Lui », c’est exactement de cela qu’il s’agit. A la répétition verbale florissante – l’appui volontaire de la détermination à convaincre –, poses et expressions des personnages illuminent de sens. On y est tout à fait. Qui vit ou a vécu ce type de situation ne peut que s’y rallier et apprécier. On se trouve face à une tendance généralisable. Cette attitude sans relâche de la femme exigeante, l’homme tentant de modérer les insistances. Et là, coup de chapeau ou coup de théâtre, sans déraper tout à fait, le mâle ployant habituellement d’une distincte faiblesse, prend aux mains et aux mots l’ambitieuse requête. On entre dans un registre proche de celui du dernier roman de Philippe Djian, « Incidences », où l’esprit s’embrouille dans l’apparence de pistes directives et trompeuses à la fois. Comme on se trouve finalement à l’intérieur des individus, les voir agir ne suffit plus à comprendre. Entre le réel et le fantasmé, qu’en est-il exactement ? C’est l’extrême réussite de cette bande-dessinée en huis-clos où s’expriment ingénieusement contradictions et paradoxes masculins face à la dramatisation perpétuelle opposée. Philippe Djian fait un pas en avant dans l’approche « psychologique » de ses héros et ouvre grand la porte des troubles, égarements et folies humaines. Formidable connexion avec le travail de Jean-louis Payraud.

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De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

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