Décidément les musiciens français sont dernièrement tombés dans le chaudron d’un blues dont les racines sont bien ancrées dans une tradition forte et sensible. Des Gunwood, Heymoonshakers, Mountain Men et bien d’autres. Il va falloir compter aussi sur The Marshals, eux qui ne sont justement pas nés de la dernière pluie puisqu’il s’agit ici de la cinquième production discographique officielle. Un son tellement roots, que l’on croirait enregistré au fond du bayou. Mais Les Bruyères Session portent le nom du lieu-dit, à Boubon l’Archambault, dans le Bourbonnais, donc bel et bien en France, où l’album a été enregistré. Il faut simplement savoir que la volonté des quatre musiciens du trio – quatre puisqu’en plus de Julien Robalo à la guitare et au chant, de Thomas Duchézeau à la batterie et  Laurent Siguret à l’harmonica, Fabien Larvaron est venu jouer de ses maracas et congas, – a été de retrouver, par la méthode de travail et de prise de son mise en œuvre, de permettre un enregistrement capable de saisir dans l’instant les propositions musicales telles qu’elles vont être jouées avec le feeling réel de ces moments forts. Les instants magiques de la création les plus intenses sont toujours ceux où la dynamique prend forme dans son ensemble. Ce qu’il n’est jamais aisé de retrouver lorsque les répétitions ont eu lieu avant les séances d’enregistrement où, au final, l’application des musiciens va perdre une partie importante de sa spontanéité. De cette Bruyères Session ressort cette impression de naturel, de prises sur le vif, comme dans la grange où Neil Young enregistrait « Harvest » avec ses musiciens. Un studio  dans lequel on entend le son des échos sur les planches des murs (« Dark Room », par exemple, ou « Northern Blow »). Il y a quelque chose dans le doigté guitaristique et dans le chant de Julien Rabalo, de Jimi Hendrix, mais sans jamais de proéminence référente au point de limiter la personnalité intrinsèque des Marshals. Ils vont d’ailleurs terminer leur album par « Run Through The Jungle » des Creedence Clearwater Revival, histoire de délimiter un territoire qui va au-delà du blues pur et dur, élargissant un horizon vers les couleurs plus modernes qui ont été développées dans l’hyper créative période des années 60 et 70. A noter l’absence de bassiste dans le groupe, la manière de jouer la guitare suffisant à asseoir un minimum de gravité que soutiendra vaillamment la grosse caisse de la batterie. Excellent choix de titre pour cet album dont la pochette en elle-même reste parfaitement et symboliquement représentative de son contenu.

Cet article a été rédigé par :

Avatar

De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *