Nous avions craqué sur son univers lors des « Hangtime Awards 2018 », palmarès des artistes les plus marquants du point de vue de Radio Grenouille. Nous avons ensuite été surpris par son premier album « Cambio » sorti il y a tout juste un an. On s’est donc arrangés pour croiser son chemin lors de son passage aux Francofolies de La Rochelle. Notre but était de comprendre cette grande dame, chanteuse et compositrice franco-vénézuélienne aux rythmes tant planants qu’envoûtants, dansants et mélodieux.

On constate que prédomine l’amour et l’énergie comme messages principaux dans votre musique. A choisir dans toute votre discographie, quels en seraient les titres les plus emblématiques ?

Pour l’amour je dirais le morceau « The sea» et l’énergie … « Ratas » !

Il y a un imaginaire hyper développé autour de ce morceau, où puisez-vous cette inspiration ?

Je n’envisage pas la musique sans images ou sans couleurs. Soit ça s’apparente à des images, soit il faut qu’il y ait des couleurs dessus. Si on me laissait faire, je ferais un clip par chanson… Malheureusement le budget n’est pas aussi facile à obtenir pour un album de 13 chansons.  Mais je prends énormément de plaisir à mettre des images sur la musique c’est vrai.

Ce qui a été génial sur cet album c’est d’avoir pu m’associer à « Temple caché » qui sont les premiers réalisateurs avec lesquels j’ai travaillé. Ce sont des artistes que j’admire beaucoup, ils ont la particularité d’arriver à retranscrire en image ce que j’ai dans la tête. J’ai des idées, je les leur explique et à partir de là ils vont même encore plus loin.

Le morceau « The sea » raconte le suicide d’un couple de deux amants qui n’arrivent pas à vivre leur amour dans ce monde-là. Ils décident d’entrer dans les eaux, comme un Nouveau Monde qu’ils pénètrent ensemble dans lequel ils pourront vivre cet amour.  C’est inspiré d’une poétesse latino- américaine qui s’appelle « Alfonsina » et qui a mis fin à ses jours de cette façon-là : en se laissant couler, accrochée à un poids. Une chanson très populaire auprès des latinos-américains (cf « Alfonsina y el mar »). Elle raconte justement l’histoire de cette poétesse, très puissante, très forte. J’avais cette image qui me revenait sans cesse lorsque j’écrivais les paroles de ma propre chanson, donc il fallait qu’on retrouve cet univers dans le clip. On est parti de ça et on l’a scénarisé, en s’amusant à reprendre des références artistiques très différentes et modernes.

J’ai besoin qu’il y ait des tableaux dans le visuel que je fais. Pour moi ce sont des moments hors du temps, très arrêtés sur des émotions fortes, des moments de vies où tout s’arrête et où tout est juste basé sur le ressenti du moment. C’est ça le principe du tableau.

Temple caché sont allés encore plus loin avec les références des tableaux.

Ratas est un morceau en hommage au peuple latino-américain, le clip a été tourné au Mexique. On a tourné ça à l’ancienne, caméra analogique sur bande vidéo. C’était génial ! Sur la manière de travailler, il fallait être beaucoup plus efficace, concentrés et réfléchis sur le moment.

Vous inspirez-vous de vos rêves pour écrire vos chansons ?

J’ai ce problème de faire régulièrement des déconnexions de la réalité dans la vie, c’est comme du somnambulisme de jour. C’est très étrange et pas très pratique. Mais du coup je mets en moyenne dix minutes à reconnecter, ça me laisse dans un état très particulier. Mes rêves ont donc vraiment un impact fort sur ma vie et, effectivement, ce que j’essaie de retranscrire dans mes chansons, c’est justement cet état : tellement bizarre, entre deux mondes. Je trouve cet espace-temps très intéressant, comme un flottement flou. J’aime essayer de le transformer en musique.

Si mes rêves se transformaient dans la réalité, ça serait drôle !


Vous inspirez-vous également de rites ethniques amérindiens ?

Il y a par exemple, dans le clip « Drink », des références à des rites de transe vénézuéliennes pour communiquer avec les esprits, l’au-delà. Ce sont des courts extraits modernisés, c’est mon hommage au peuple vénézuélien. Ce morceau est parti d’un verre de rhum, je voulais d’ailleurs lui donner ce titre- là. C’est venu pour donner suite à des évènements assez puissants dans ma famille, des décès, des choses assez violentes et non prévues. Quand ça se passe comme ça, on ne se résout pas à la perte sur le moment. J’avais un désir très fort de communiquer encore avec la personne. J’ai fait justement un rêve dans lequel j’avais une interaction très très forte avec la personne décédée. Au réveil c’était vraiment très délicat de me dire que ce n’était pas réel, bien que j’étais empreinte de beaucoup d’émotion et de ressenti. J’ai justement eu envie de retrouver cet état pour pouvoir recommuniquer et donc rechercher cet état de transe. Le morceau a évolué, les émotions se sont transformées en sons et en paroles. Sur scène, je le dédie aux morts et aux ancêtres. C’est sans aucune glauquitude dans la démarche, c’est plus de la célébration. C’est important pour moi de le faire sur scène, car ça me libère de beaucoup de frustration.

Quelle est la personne qui vous accompagne sur scène ?

Pendant très longtemps, j’étais toute seule sur scène, puis j’ai eu envie que l’énergie circule. Il faut être au moins deux pour ça. C’est là que Raphael est rentré dans la boucle. Le fait qu’il soit multi-instrumentiste était parfait, parce que je savais que, quoi qu’il fasse, il ferait de la musique avec moi. Ça lui donne une place assez incroyable. On joue tous les deux sur des PAD, des machines dans lesquelles on peut sampler tous les sons que l’on crée et ainsi rejouer en live toutes ces rythmiques. On s’amuse beaucoup sur scène derrière nos claviers et PAD.

Quelle a été la première chose que vous avez voulu sortir en solo ?

Ma voix et comment j’allais l’utiliser ! Il fallait que je le fasse de la manière la plus authentique, trouver la manière dont j’allais chanter. Concernant les thématiques, j’ai beaucoup travaillé au début autour de mes névroses, des angoisses, toute cette densité cérébrale qui ne pouvait pas rester comme ça. C’était trop lourd, il fallait que ça sorte et donc que ce soit transformé en chansons.

Avez-vous des projets pour la suite ?

Alors là, comme cet album vient de sortir, il faut déjà le digérer, le présenter sur scène. Le live c’est vraiment ce que je préfère, donc je veux en profiter. Mais j’écris déjà de nouvelles chansons pour un prochain album. Avec, peut-être, l’arrivée de la vidéo sur scène, j’entre en résidence en octobre pour travailler cette étape justement. Ça ne saurait tarder.

Interview réalisée par Léa Sapolin et retranscrite par Romane Sch

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Léa Sapolin
Rédactrice en chef adjointe et webmaster du Magazine.
Passionnée de HipHop français et de musique à textes, en charge de la partie rap du magazine depuis mes 11ans.
Chargée de communication à mon compte et chef de projet Web à Oxatis.
Projet perso en cours : www.omega-13.fr

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