De l’organisation de concerts aux interviews d’artistes il n’y avait qu’un pas. Plus de vingt-cinq ans de rencontres avec les artistes et toujours la passion de la découverte.

Le revoilà. Enfin ! Fred Poulet, l’homme qui débuta sa carrière discographique avec un album intitulé « Mes Plus Grands Succès » sur le label de Pierre Barouh, Saravah, bénéficiait d’une aura particulière, avec des prestations scéniques dans l’esprit sans concession de l’artiste. Pour l’évolution sonore de son répertoire, l’association avec Rodolphe Burger s’est très vite formalisée, débouchant sur une relation durable puisque ce nouvel opus parait sur le label de Rodolphe. Ce qui a toujours frappé dans les chansons du Poulet, c’est cet indéniable et permanent détachement, écrivant et composant sans jamais tenir compte des nouvelles modes musicales, d’aucun courant spécifique, comme se limitant aux moyens du bord suffisant à mettre en lumière ses réflexions : « Souvent j’suis pas filmé mais j’souris quand même » ou « Sans les stupéfiants la discipline n’est rien »  (« Pornoricain »). Tout cela pour préciser qu’en fait, Fred Poulet, si c’est tout cela, cela donne une couleur, des ambiances, un esprit très particuliers et absolument repérables et incomparables, même si d’aucuns tenteront la comparaison avec Alain Bashung pour l’utilisation d’un vocabulaire à tiroirs. Voilà, dans cet album de onze titres on retrouve tout ce qui a fait le charme fou d’un artiste détaché de toute ambition commerciale, simplement intéressé par la formalisation d’un art dont les missions de base sont avant tout inclues dans les besoins moteurs de l’individu. Sa façon d’exprimer, de voir, de traduire, d’agresser, de transcender le monde, une société en perdition : « Les rêves s’envolent, les retards s’accumulent… les meilleurs gagnent… la mer monte… tout se transforme… je suis un enfant de deux cents ans » (« Les Avions ») Pas toujours drôle, mais jamais glauque, la musique se construit sur des fonds sonores parfois proches de la musique industrielle (« Fumer »), parsemés d’intervention de guitare juste là où il faut. Pas besoin de longues phrases, un assemblage régulier de mots en images, comme une pluie vidéo, un clip alignant ses visuels signifiants, là où généralement l’inconsistance persiste. Quel degré d’interprétation retenir finalement ? Pas tout à fait intimiste comme le ferait Louis Arlette avec « Contre Jour » (« Oh ma chérie, j’ai tout vu ») et son bruitisme respiratoire, ou encore « Remède De Cheval ». Fred Poulet a le mérite d’être un artiste égal à lui-même, qui ne peut décevoir ses aficionados puisque son semblant de détachement fait totalement partie du personnage.  « Moi j’habite le troisième millénaire. » chante-t-il encore dans « Pornoricain ». Une piste satisfaisante pour comprendre le regard faussement distant sur la manière dont on peut s’empêtrer dans l’avidité sournoise qui plombe ce monde en mal d’absurde reconnaissance. Il semblerait bien que ce soit sur ce niveau d’interprétation que l’artiste cherche à communiquer avec ces chansons à la profondeur délibérément esquivée. Very bon disque !

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